‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 177 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

regret bien vif, écrit le Provincial de Lyon au Père de Ravignan, de ne pas penser en tout comme vous. » (18 Septembre 1849.) Quelques mois plus tard même constatation sous la plume du Père Maillard : « Nos braves Pères de Paris continuent à espérer beaucoup; mais ne sont-ils pas un peu comme le patriarche Abraham, espérant contre toute espérance ? Gomment concevoir cette alliance étrange entre MM. Thiers et Cousin d'une part, Mgr Dupanloup et M. de Montalembert de l'autre?.. » (17 Février 1850.)

Toutefois si l'on veut avoir une expression autorisée de l'opinion qui prévaut dans les Provinces françaises de la Compagnie de Jésus, on la trouvera dans la correspondance du Père Général avec l'Assistant de France, le Père Rozaven. Le Père Roothaan lui a envoyé, de Belgique, la lettre de l'abbé Combalot dont on a parlé ci-dessus, et lui demande son avis. Le Père Rozaven lui répond, de Dôle, le 18 septembre 1849: «Le projet est-il bon ou mauvais? Je réponds : Le projet n'est pas bon ; mais il a du bon ; il est moins mauvais que ce que nous avons; il remédie à quelque mal, et remédier au mal est un bien. Il peut être reçu et approuvé pour le bien qu'il renferme. Si nous ne pouvons obtenir tout ce que nous demandons et à quoi nous avons droit, est-ce une raison pour refuser ce qu'on nous offre ? Le principe toutou rien peut avoir son application en certains cas ; mais généralement parlant, cette application est plus nuisible qu'utile1... »

Il y avait à ce moment quelque mérite à discerner la

l. A un de ses frères en religion, le Père Rozaven écrivait en termes presque identiques... « On pourrait sans aucun doute faire une loi meilleure. Mais pourrait-on la faire adopter? Voilà la question. Quand on ne peut pas obtenir le bien qu'on voudrait, il faudrait savoir se contenter du bien qu'on peut obtenir. Je suis convaincu que, vu les circonstances, il était comme impossible d'obtenir davantage. Si nous n'avons pas tout ce que nous pouvions désirer, nous avons du moins autant et plus que nous n'osions espérer, et nous devons de la reconnaissance à ceux qui nous l'ont procuré. » Mgr Parisis, dit son biographe, a fait de sa propre main, une copie de celte lettre. Cf. Guillemant. Pierre-Louis Parisis. Tome II, p. l\o3> .

vérité obscurcie par le tumulte des discussions : « Je vous ai bien reconnu, répondait le Père Général, dans l'exposé clair et précis que vous me faites de votre manière d'envisager le projet de loi sur l'enseignement. » (28 Septembre 1849.) En même temps il écrivait à l'abbé Combalot: «... Je ne crois pas qu'il y ait un seul de nos Pères en France qui fasse l'éloge du projet, tel qu'il est conçu. Le seul point qui peut les partager est de savoir si le statu qiio vaut mieux que la loi proposée, et si le principe tout ou rien doit avoir ici son application. L'union des sentiments en cette importante matière serait grandement à désirer; mais puisque NN. SS. les évêques sont euxmêmes partagés d'opinion sur ce point, je ne crois pas qu'il convienne d'imposer à nos Pères de France une manière particulière d'envisager la question... »

Le projet de loi de M. de Falloux avait déjà subi l'examen de deux Commissions, puis du Conseil d'Etat, fait l'objet de trois rapports, fourni matière à d'innombrables brochures et articles de journaux, quand enfin, le 14 janvier 1850, l'Assemblée législative en aborda la discussion publique ; avec les interruptions réglementaires entre les trois délibérations, elle allait durer deux mois.

M. Barthélemy-Saint-Hilaire ouvrit le feu. Helléniste distingué, traducteur d'Aristote, ancien collaborateur de Victor Cousin au ministère de l'Instruction publique, il était en outre parleur à la veine abondante. Pour cette première fois, il tint la tribune cinq heures d'horloge, et à maintes reprises, il y reparut, non sans provoquer de l'impatience et des réclamations. M. Barthélemy-Saint- Hilaire attaqua vivement le projet au nom des droits de l'État et de l'Université; à ses yeux la loi était une revanche de l'idée religieuse contre le laïcisme, de la foi

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