‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 207 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

On conçoit que pareil usage prêtât flanc à des critiques; aussi le recrutement de cette équipe d'auxiliaires des Jésuites rencontrait souvent des obstacles de plus d'une sorte. La promesse de l'évêque avait bien son prix.

En 1848, Mgr Jean-Marie Done)*, évêque deMontauban, avait confié son Grand Séminaire à la Compagnie de Jésus; l'année suivante il obtenait qu'elle se chargeât encore du Petit Séminaire. Les deux établissements s'étendent l'un à côté de l'autre sur la rive du Tarn. La loi de liberté n'étant pas encore votée, la décision était plutôt hardie. Quoi qu'il en soit, le Père Contamin prit à la rentrée la direction du Petit Séminaire dont il garda le personnel, se réservant de le remplacer peu à peu par des religieux de la Compagnie. Ils eurent tout d'abord à traverser une terrible épreuve. Nous en recueillons le récit sous la plume du Père Maillard. Ayant fait, au mois de juin 1852, la visite provinciale des deux maisons de Montauban, il écrivait à propos du Petit Séminaire : « Deux fois hélas! le fléau du typhus (fièvre typhoïde) y a porté cette année le ravage et la désolation. Cinquante enfants et plus en ont été attaqués, six sont morts et un des Nôtres aussi '. Monseigneur, son clergé, les magistrats, les médecins, les familles, le Gouvernement lui-même se sont préoccupés et inquiétés d'une telle situation unique et exceptionnelle dans la ville et dans la contrée. Des travaux d'assainissement ont été ordonnés et exécutés... Nos pauvres Pères qui ont subi eux aussi plus ou moins l'influence du mal se sont laissé un peu démoraliser... Bref, j'ai dû accourir ici afin de rassurer, de consoler, d'aviser aux mesures à prendre et soutenir un établissement qui donnait déjà de si belles espérances. Un côté très consolant dans cette douloureuse épreuve a été

i . Le P. Louis Dufau, mort le 26 décembre i85i. La première attaque du fléau eut lieu pendant l'hiver; il éclata de nouveau au printemps.

l'affection des enfants pour leurs maîtres. Lors de la dispersion qu'il fallut opérer après Pâques, quand le mal reparut avec une nouvelle intensité, alors que les familles demandaient déjà des places dans plusieurs de nos autres maisons, beaucoup de ces enfants firent de si vives instances qu'ils obtinrent de revenir encore à leur Petit Séminaire. » (11 Juin 1852.) De fait sur quatre-vingts internes rendus à leurs familles, il s'en trouva soixantequinze à la rentrée.

On se rendit compte, malheureusement trop tard, que la cause de l'épidémie était un égout venant de l'hôpital et traversant à découvert l'enclos de l'établissement. L/ égout fut voûté et l'infection ne se reproduisit pas.

Malgré cette alerte, le développement, le succès même fut rapide. Dès 1853, il fallait agrandir le local; par la suite d'autres constructions devinrent encore nécessaires. Malheureusement, en devenant prospère l'établissement avait presque cessé d'être une pépinière pour le recrutement du clergé. Le Petit Séminaire se transformait en collège d'où ne sortaient plus guère que des candidats aux carrières libérales. Ce fait, qui s'est vu ailleurs qu'à Montauban, ouvre le champ à de graves réflexions et renferme des leçons qui ne devraient pas être perdues. En 1858, le Père de Blacas, Supérieur de l'établissement, constatait, non sans tristesse, la métamorphose : « Le nombre des vocations ecclésiastiques, écrit-il, a beaucoup diminué dans la maison depuis que nous y sommes. Il y a huit ou dix ans, presque tous les élèves de Rhétorique entraient au Grand Séminaire pour la Philosophie; cette année, un seul des pensionnaires y est entré, avec deux externes. » (26 Janvier.) Le Père de Blacas examine ensuite une à une les causes du phénomène. La principale, celle qu'on pourrait appeler la cause efficiente, c'est, pour parler comme le Père de Blacas, « le mélange de l'élément ecclésiastique avec l'élément laïque ». A Moulins, on avait eu soin de les séparer; le rapprochement n'avait lieu que dans les classes où il était plutôt utile à 1 un comme à

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