‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 206 sur 324 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

sans stipuler d'arrangements avec lui ni avec le diocèse. On ferait plus tard les conventions nécessaires. Mais au bout de six ans, on n'était guère plus avancé qu'au premier jour. Des contrats étaient suggérés par l'évêché auxquels les Supérieurs majeurs ne pouvaient en conscience donner leur approbation; il fallait les subir provisoirement. Les Jésuites se voyaient chargés d'une lourde dette pour un immeuble sur lequel ils n'avaient aucun droit : « Monseigneur, écrivait le Père Contamin, Recteur du collège, tient à nous conserver à Iseure. Je crois bien que, s'il avait de l'argent à sa disposition, il ne balancerait pas un instant à nous le donner; mais il prétend, avec raison, je crois, être à bout de ressources. » (22 Mars 1856.) C'est assez l'usage des évoques zélés pour le bien deleurs diocèses de se trouver parfois à court d'argent. Un fait prouvera que les Jésuites n'hésitaient pas à faire des sacrifices pour aider une détresse aussi honorable. Parmi les élèves du Petit Séminaire, il s'en rencontrait de temps à autre qui demandaient leur admission au noviciat. Par délicatesse on offrit spontanément de dédommager le diocèse des dépenses qu'il aurait faites pour leur éducation. A ce propos le Père Général écrivait au Recteur du collège : Je comprends que, pour ôter tout prétexte de plaintes, cette offre ait été faite; « mais je suis surpris qu'elle ait été acceptée. Ce sera le seul diocèse de l'Europe, peutêtre même de la chrétienté, où pareille compensation soit admise. Je vous dis cela ne res transeat in exemplum. » (26 Novembre 1859.)

Assurément des occasions de frottement se produisirent au cours du long épiscopat de Mgr de Dreux-Brézé entre les Jésuites d'Iseure et l'administration diocésaine; mais jusqu'au jour qu'ils en furent expulsés ces nuages n'altérèrent point l'affection et la confiance de l'évêque pour la famille de saint Ignace. Il n'en marchandait pas les témoignages. Tantôt c'est une résidence de la Compagnie qu'il veut établir à Moulins. C'est un désir, écrit-il au Provincial de Lyon, « qui me tient au cœur depuis que je suis

évêque. L'absence s'en est toujours fait sentir, et plus elle se prolonge, plus j'éprouve de regrets en constatant tout le bien que vous seriez appelés à faire et qui ne se fait pas... Votre apostolat est apprécié et recherché par le clergé du diocèse ; dans l'intérieur de la ville plusieurs communautés soupirent après la direction de vos Pères... » Le prélat n'attend que les ressources qui lui permettent « l'acquisition d'une maison et d'un grand jardin attenant à une église, qui est ma propriété, dit-il, et que je vous destine, à cause de sa situation dans le meilleur et le plus beau quartier de notre ville ». (4 Juin 1869.) Une autrefois c'est un externat que Sa Grandeur voudrait ouvrir à Moulins pour les enfants qui ne peuvent aller à Iseure à cause de la distance. C'est encore aux Jésuites qu'il fait appel pour cette œuvre. Les Jésuites ne crurent pas devoir entreprendre un externat qui n'avait pas d'avenir. Quant à la résidence, il fallut la refuser, faute de personnel; elle fut établie bien des années plus tard, mais dans des conditions très différentes de celles que l'évêque faisait entrevoir.

Indépendamment des avantages matériels de l'installation projetée, Mgr de Dreux-Brézé s'engageait, en retour des Pères qui seraient attribués à la résidence de sa ville épiscopale, à donner à titre d'auxiliaires pour le collège autant de séminaristes qu'on lui en demanderait. Notons à ce propos une particularité qui a son intérêt dans l'histoire de l'établissement d'Iseure. Il était passé en habitude que d'anciens élèves du Petit Séminaire fussent employés comme surveillants ou professeurs de petites classes pendant quelques années avant d'être ordonnés prêtres. Formés à l'esprit et aux méthodes de la Compagnie, ils étaient d'un secours précieux pour la conduite de la maison. Le collège comptait d'ordinaire douze à quinze jeunes clercs, parfois davantage, vivant en communauté distincte, et partageant leur temps entre leur service et leurs cours de Théologie, sous un professeur spécial, avec un règlement convenable pour les préparer au sacerdoce.

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