CHAPITRE VII
collège ; mais il faudrait acheter et bâtir ; on ne peut prudemment s'engager dans cette voie. D'autre part la suppression du collège causerait un chagrin mortel au pieux évêque quia pour nous tant d'affection et qui ne peut se faire à la pensée que la Compagnie l'abandonne. Votre Paternité décidera. » (17 Avril 1859.) Sur de nouvelles instances du digne évêque, le Père Studer finit par modifier sa manière devoir. Un mois plus tard, il est d'avis d'accepter le collège, même avec la perspective de 300.000 francs à dépenser pour la construction. (22 Mai 1859.)Entre temps Mgr Massonnais avait, de ses deniers, acheté le terrain et, pour mener à bien l'affaire qui lui tenait à cœur, il refusait l'archevêché de Bourges. Les lettres qu'il adressait au Père Général méritent de trouver leur place dans l'Histoire de la Compagnie de Jésus ; le dévouement que lui témoigne un ancien élève devenu prince de l'Eglise est, croyons-nous, également honorable et pour elle et pour lui. Une première lettre est datée du 6 avril 1859 : « Je vous écris, le cœur brisé, mais plein de confiance. Il est question de la suppression de notre cher et bienaimé collège de Sarlat. .. J'avais consenti dernièrement au transfert du collège à Périgueux. Déjà le R.P. Provincial avait chargé le Recteur de Sarlat de venir visiter un terrain ; on était entré en pourparlers avec le propriétaire. J'avais offert à vos Pères pour cet achat une année entière de mon traitement, 15.000 francs, puis une seconde somme pareille dont je me rendais caution. Tout semblait heureusement terminé et je bénissais le Seigneur, quand tout a coup on me fait concevoir des craintes sérieuses sur cette translation du collège de Sarlat à Périgueux. Et le collège n'en serait pas moins supprimé. Vous ne permettrez pas, mon Révérend Père, qu'on afflige et humilie à ce point un évêque dont vous connaissez, je crois, l'affection... La suppression d'un collège de Jésuites en France à l'époque actuelle aura très certainement un triste et lamentable retentissement qui sera funeste à la chère et bénie Compagnie de Jésus. »
A ce moment, c'est-à-dire au printemps de 1859, l'évêque invoquait donc l'autorité du Père Général pour maintenir le collège de Sarlat; c'est qu'il entrevoyait l'opposition du Gouvernement au transfert du Petit Séminaire à Périgueux. A l'automne cette crainte s'était dissipée, et le prélat a repris son projet qui n'attend plus que l'agrément du premier Supérieur de la Compagnie. Il lui écrit : « C'est encore près de vous que je viens intercéder pour mon cher collège de Périgueux. Nous voudrez bien excuser l'importunité d'un de vos élèves, qui, devenu évêque, a un désir qui le poursuit sans cesse, celui de fixer près de son siège vos bons Pères, ses dignes maîtres, de les placer chez eux et indépendants d'un événement tel que ma mort. Je ne dis pas ma translation, puisque j'ai toujours voulu, et je le voudrai plus fortement encore quand je vous posséderai près de moi, vivre et mourir à Périgueux. J'avais fait visiter au R. P. Provincial et au Père Recteur de Sarlat un local à Périgueux; il avait été adopté... Depuis, un autre jardin touchant au premier s'est trouvé à vendre... J'en suis devenu propriétaire et je serai heureux de donner en toute propriété à la chère Société pour un collège ces deux terrains jugés par vos Pères très convenables sous tous les rapports. Je dédommagerai aussi la Compagnie de ses dépenses faites pour les bâtisses à Sarlat... Tous les obstacles paraissent levés, et vos Pères n'attendent plus que votre consentement pour mettre la main à l'œuvre, et c'est ce consentement que je viens vous conjurer, mon Révérend Père, de nous accorder. » (31 Octobre 1859.)
L'affaire paraissait conclue; malheureusement la mort de Mgr Massonnais, survenue le 20 Décembre 1860, en suspendit l'exécution. Elle ne fut pas reprise avec son successeur, Mgr Charles Baudry, dont l'épiscopat ne dura guère plus de deux ans; il fut remplacé par Mgr Dabert, qui devait au contraire occuper le siège de Saint-Front durant presque quarante années. Les Jésuites restaient à Sarlat, pourvoyant par des moyens de fortune à leur