‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 210 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

sécurité et à celle de leurs élèves. En 1864, la situation n'étant plus tenable, il fallut de nouveau chercher une solution. Elle n'aboutit qu'après trois ans d'examens, de recherches et de pourparlers. A un moment il fut sérieusement question de se transporter au château d'Hautefort, propriété de la famille de Damas. « L'achat de ce trop beau château, écrivait-on de Rome, ne pourrait se justifier que par le désir de sauver le collège de la Compagnie en Périgord. » (29 Octobre 1865.)

Les Jésuites consentaient bien à rester à Sarlat, mais ils refusaient toujours de prendre à leur charge la réfection des bâtiments, tant que la ville en gardait la nue propriété. Ils devaient penser à l'avenir et à l'expulsion toujours possible. Qu'adviendrait-il alors s'ils ne pouvaient éteindre la dette par la vente de l'immeuble? Comme en définitive tous les intéressés désiraient leur maintien et ne craignaient rien tant que de les voir partir, on finit à la longue par tomber d'accord. Par acte de vente, en bonne et due forme, daté de janvier 1867, le diocèse de Périgueux et la ville de Sarlat cédaient leurs droits sur l'immeuble du Petit Séminaire qui devenait la propriété des Jésuites. Sans tarder davantage on entreprit la restauration si longtemps attendue. Deux ans plus tard, le Provincial de Toulouse, rappelant le passé, écrivait au Père Général : « Vous savez que nous avons acquis cet établissement du diocèse et qu'il se trouvait dans l'état le plus misérable. Nous avons déjà restauré le côté nord de la maison. Ce travail a été exécuté de façon fort convenable... » (1er Mars 1869.)

A cette date on poursuivait la construction de la chapelle et d'un corps de logis qui devait compléter le collège, lorsqu'un incident auquel on devait s'attendre vint remettre tout en question. Eu égard aux circonstances on avait cru pouvoir se passer de l'approbation ministérielle pour la vente du Petit Séminaire. Or, voici qu'une lettre du ministre des Cultes arrivait à l'évêché de Périgueux, déclarant l'opération nulle, attendu qu'un bien d'église

ne pouvait être aliéné sans la permission de l'empereur. (Août 1869.) Mgr Dabert fut d'abord sur le point de céder; mais devant les représentations de ses conseillers, il se ravisa ; le coup, on le savait, était parti de la préfecture, où l'évêque avait des ennemis personnels; d'ailleurs les moyens juridiques ne manquaient pas pour appuyer son droit. Il s'apprêta donc à défendre la validité de l'acte de vente, et se rendit en personne à Paris pour traiter de l'affaire avec le ministre, M. Baroche. Le Prélat ne put le faire revenir sur son opposition; il obtint toutefois qu'elle n'aurait pas d'effet immédiat; les choses resteraient donc provisoirement en l'état. Ce provisoire dure encore après un demi-siècle.

A Mende, ce fut le Conseil municipal qui appela les Jésuites à prendre en mains le collège de la ville. L'établissementpériclitait, le personnel étant par trop inférieur à la tâche ; il n'y a pas lieu de s'en étonner ; une petite préfecture d'un département pauvre ne pouvait guère être regardée parmi les maîtres universitaires que comme un poste de disgrâce. Toutefois l'idée de les remplacer par des Jésuites se heurta, comme il fallait s'y attendre, à bien des oppositions. Un membre du Conseil, M. de Ligonnès, s'employa à persuader ses collègues ; un député, M. Renouard, un secrétaire de l'Instruction publique, M. de Rozière, agirent en haut lieu. Bref, le contrat fut signé au cours de l'année 1850 entre le maire et le Père Louis Valantin, originaire de Mende. Le collège était remis à la Compagnie de Jésus pour une durée illimitée. La rentrée eut lieu au mois de novembre, avec trentesept pensionnaires et cent quarante externes, parmi lesquels figuraient les élèves de Rhétorique et de Philosophie du Petit Séminaire que l'on envoyait suivre les cours du collège. L'année s'ouvrit par une retraite ; l'évêque présida la clôture et distribua la sainte communion aux écoliers. Lui-même et son vicaire général, disent les documents de famille, avaient les larmes aux yeux. Tout

Page 1