‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 213 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ce fut un événement qui mit en rumeur toute la population bordelaise. Le cardinal Donnet avait réglé l'ordonnance de la cérémonie et invité les autorités civiles et militaires. Lui-même célébra la messe en plein air et, devant une foule immense, prononça un de ces discours, où passait toute l'ardeur de son âme; la Compagnie de Jésus y reçut des éloges qu'elle renvoie à ses morts, n'en retenant pour le présent qu'une leçon. A la suite de l'archevêque, le préfet, le général commandant la place, d'autres grands dignitaires encore accomplirent le rite symbolique et signèrent au procès-verbal. L'avenir du collège de Tivoli s'annonçait sous des auspices favorables; déjà cependant on se trouvait aux prises avec des difficultés financières qui devaient s'aggraver avec le temps. Au mois de mars précédent l'ordre était venu de Rome de suspendre les travaux, « jusqu'à ce que le plan ait été approuvé et que les premiers fonds soient assurés. Je pense, ajoutait le Père Général, qu'il n'y a pas grand inconvénient à prolonger encore quelque temps le séjour à la Sauve. » On y maintint, en effet, quelques classes jusqu'à la fin de l'année suivante (1859), pendant que les autres occupaient le château ou villa de Tivoli.

Quant à ce plan du futur collège qui devait être soumis à l'approbation des premiers Supérieurs, l'histoire n'en est pas très claire ; à travers la multitude des lettres explicatives et des Mémoires dont il fut l'objet, il est difficile de dégager la simple vérité. Quelques semaines après la fête du 5 août, le Père Général écrivait au Provincial de Toulouse : « Les journaux ont annoncé qu'on allait bâtir un collège d'architecture gothique. Je ne sais ce qu'il y a de vrai; mais je vous conjure, mon Père, d'empêcher les dépenses de pur agrément et d'ornementation inutile. » (28 Août 1858.) Par suite de quels entraînements ces adjurations furent-elles méconnues, on ne saurait le dire. Ce qui est certain, c'est que, trois ans plus tard, quand le principal corps de logis fut achevé, une lettre sévère vint de Rome, qui blâmait « fortement l'apparence

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mondaine et luxueuse de la façade. Les règles de la Compagnie sur les édifices ont été oubliées, ou pour dire vrai, violées. » (Novembre 1861.)

Comment cette infraction avait-elle pu se commettre, et qui en était responsable? Le Provincial de Toulouse, le Père Studer appartenait à la rovince de Paris, et il avait fait venir de la même Province le Père Emile Piérart, dont il avait pu déjà apprécier le talent en architecture. C'est lui qui fut chargé de dresser les plans du futur collège de Bordeaux. On lui adjoignit un architecte civil, lequel ne se maintint pas toujours dans un rôle de subalterne. Le Père Piérart eut à se plaindre de certaines initiatives de son collaborateur. On ne saurait toutefois le laver complètement du reproche d'avoir voulu faire trop grand et trop beau. C'est une tentation bien délicate pour un artiste, surtout dans une ville où l'on a du goût pour la magnificence. Quoi qu'il en soit, le bâtiment principal absorba plus que les ressources disponibles; il avait trois étages sur cent huit mètres de développement, et l'aspect de l'ensemble manquait de modestie. On dut s'en tenir là; le plan comportait des ailes auxquelles il fallut renoncer. On y ajouta seulement, en 1864, une chapelle, et quelques années plus tard une salle des fêtes devenue indispensable. Hàtons-nous de dire que le collège de Tivoli n'a survécu que très peu à l'expulsion des Jésuites en 1901. Le 1er février 1904 un violent incendie s'y déclara ; mollement combattu, le fléau eut bientôt tout dévoré. Des trop voyantes architectures il ne reste pas aujourd'hui pierre sur pierre. Etiam periere ruinas.

A Iseure, à la Grande-Sauve, les Jésuites avaient trouvé d'anciens monastères pour y installer leurs collèges naissants; ce fut également dans un vieux local conventuel que Sainte-Marie de Toulouse naquit et grandit pendant plus de trente ans. En 1228, les Cisterciens de Grandselve, au diocèse de Montauban, fondèrent derrière l'abside de Saint-Sernin un hospitiolum sous le vocable de Saint-

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