CHAPITRE VII
Bernard ; sur la fin du siècle, il servait de demeure aux jeunes religieux qui suivaient les cours de Théologie. A la Révolution l'établissement fut vendu et devint par la suite un entrepôt de porcelaines. C'est dans cet état que les Jésuites en firent l'acquisition en 1850; le terrain comprenait près d'un hectare, mais de l'ancienne habitation monacale, il ne restait plus que des vestiges. Il fallut réparer à fond et agrandir les bâtisses existantes pour recevoir les 250 élèves qui furent admis dès la première année. Par la suite ce chiffre allait monter presque à 600, et à la veille de la tempête de 1880, le collège des Jésuites à Toulouse ne compta guère moins de 750 élèves. A cette date, Sainte- Marie existait encore, mais dans des conditions hygiéniques par trop défectueuses. On avait dû établir l'externat de l'autre côté de la rue Saint-Bernard; ici et là l'air et l'espace manquaient également. Enfin en 1882, le pensionnat et l'externat se transportèrent au Caousou, où depuis six ans déjà était installée l'Ecole préparatoire sous le vocable de l'Immaculée-Conception. Peu après la pioche des démolisseurs faisait son œuvre, l'édilité toulousaine transformait le quartier, et du collège des Jésuites il ne restait qu'un souvenir.
Cependant la Compagnie de Jésus avait ouvert, comme on vient de le voir, onze établissements d'éducation, avant la fin de ce qu'on peut appeler l'An Premier de la liberté. La Province du Midi en avait neuf pour sa part; elle en ajouta deux l'année suivante, Mongré et Saint-Affrique.
A la fondation de Mongré se rattache le nom d'une femme qui employa une grosse fortune à faire aux œuvres catholiques de la région lyonnaise des largesses princières. Nous avons déjà rencontré au cours de cette Histoire Mme la comtesse de la Barmondière. Fille d'une victime de la Terreur, elle s'intéressait spécialement à l'éducation des enfants des familles nobles spoliées par la Révolution. Voulant d'autre part assurer la conservation du château
de Mongré près de Yillefrunche-sur-Saône, où elle était née, elle résolut d'en faire donation, en même temps que des propriétés adjacentes, à la Compagnie de Jésus, avec la charge d'y établir un collège, aussitôt qu'elle le pourrait. En attendant, le domaine servirait à l'entretien des scolasticats. L'intention de la donatrice était tout d'abord de faire de cette charge une obligation de justice. Le Père Renault, alors Provincial de Lyon, ayant déclaré qu'il aimerait mieux renoncer à la libéralité, Mme de la Barmondière consentit à ne pas insister sur cette exigence. Pour éviter les contestations du fisc et celles d'héritiers lointains, elle tint à revêtir sa donation d'un acte de vente en bonne et due forme ; il fut signé par-devant notaire, 14 avril 1842, et selon l'usage d'alors trois Jésuites devinrent propriétaires tontiniers du château de Mongré et de ses dépendances. Le premier résultat de leur acquisition fut un procès avec l'enregistrement pour estimation insuffisante de la valeur du domaine, procès qui se termina par une forte amende. D'autre part des collatéraux ne manquèrent pas, et à plusieurs reprises, d'attaquer la vente. Déboutés d'abord par la Cour impériale de Lyon et ensuite en Cassation, ils ne perdirent pas courage. Vingt-cinq ans plus tard, le Père Général ayant décerné à la comtesse de la Barmondière le titre de fondatrice, on se vit obligé de tenir la chose secrète parce qu'elle eût fourni prétexte à de nouvelles revendications.
Le collège prit naissance au château, à la rentrée de 1851; il n'y eut d'abord que les basses classes; chaque année on en ajoutait une nouvelle ; c'est seulement à partir de 1855-1856 que le cours fut complet. À cette date les élèves avaient émigré au grand collège et le château donnait asile au scolasticat de Théologie.
Le château de Mongré était un antique logis, point du tout aménagé pour cet usage. « C'est le 22 octobre, lisonsnous dans une correspondance d'alors, que nous avons fait l'ouverture des cours. Nous comptons trente théologiens de notre Province. Comme notre vieux manoir