‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 218 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

des deux ailes qui devaient plus que doubler l'étendue de l'immeuble fut décidée sous le rectorat du Père Olivaint : « Puisqu'elles sont unanimement reconnues nécessaires, écrivait le Père Général, il faut bien s'y résigner. » (26 Novembre 1864.) Ce manque d'enthousiasme s'explique par la gêne financière. La correspondance du premier Supérieur de la Compagnie abonde en témoignages de satisfaction : « Le collège va très bien, répète-t-il à maintes reprises. Un seul point assombrit la situation, la dette qui va toujours grandissant » (22 Février 1862.) Quand le Père Olivaint céda la place au Père Argant, l'impulsion était donnée ; le progrès de Yaugirard s'affirma d'année en année ; on y compta six cents et sept cents élèves; la réputation de la maison y attirait les enfants des familles les plus haut placées, en France et à l'étranger, sans en excepter celles qui avaient porté des couronnes, et, ce qui vaut mieux encore, on y trouvait, en pleine atmosphère parisienne, les traditions et les habitudes d'une éducation chrétienne, virile et bien française.

En même temps que l'institution Poiloup à Vaugirard, les Jésuites prenaient à leur charge un autre établissement d'éducation qui devait être un jour Saint-Clément de Metz. On sait que le vénérable évêque, Mgr Dupont des Loges, avait pour la famille de saint Ignace la plus affectueuse estime. Une lettre que lui écrivait le Père Morin, le vrai fondateur de la résidence, nous fait entrevoir quels délicats et constants témoignages il en avait reçus : « Ma pensée se reporte souvent vers vous, Monseigneur, qui m'avez honoré de tant de bonté, qui avez usé de tant de bienveillance pour la maison dont j'étais chargé, et qui avez su ménager et entretenir entre nous et tout votre clergé une harmonie et un accord sans exemple dans le reste de la France '. »

Il faut se souvenir que l'esprit janséniste et gallican de

i. 8 Novembre 1 846. Cité par M. l'abbé Klein. Vie de Mgr Dupont des Loges, p. 91.

certains dignitaires de l'église de Metz les avait assez mal disposés pour les Jésuites. La prudence et la douceur du prélat avaient aplani les dissentiments. Il voulut faire davantage. Avant même le vote de la loi de liberté, au mois de janvier 1850, le Provincial de Paris se trouvant en visite à Metz, Mgr Dupont des Loges lui fit part de son désir d'avoir un collège de la Compagnie dans sa ville épiscopale. Il évoquait les souvenirs qu'elle avait laissés soit à Metz, soit plus encore dans l'université de Pont-à- Mousson, souvenirs qui sans doute étaient un lien entre elle et la Lorraine. L'évêque offrait à la Compagnie l'Institution Saint-Augustin établie à Metz une vingtaine d'années auparavant et remise au diocèse depuis 1847. Elle avait alors pour directeur le chanoine Eugène Braun, ancien élève de Fribourg, lequel, non content d'entrer, en se retirant, dans les vues du prélat, demanda lui-même à être admis au noviciat, ce qui lui fut accordé. C'est seulement le 13 février 1852 que fut signé l'arrangement par lequel l'Institution Saint-Augustin passait aux mains de la Compagnie de Jésus, qui se réservait le droit de la transférer par la suite en tel lieu qu'il lui plairait. Entre temps, l'abbé Braun avait acheté, à quinze cents mètres des portes de la ville, le domaine de la Ronde, qui paraissait fournir un emplacement à souhait pour le futur collège. Le 28 février, il présentait lui-même ses successeurs dans une circulaire aux familles messines : « Nous connaissons, disait-il, la Compagnie de Jésus. Prêtres catholiques, nous l'aimons parce que l'Eglise l'aime. Elle a fait ses preuves depuis trois siècles, sous les yeux et avec l'approbation des évêques et des Souverains Pontifes... Ses adversaires comme ses amis proclament sa supériorité dans l'art d'instruire et d'élever la jeunesse... Tout nous persuade que la mesure adoptée par Mgr l'évêque est l'événement le plus heureux pour le présent et pour l'avenir de l'Institution Saint-Augustin1. » Quel-

i. Voir Les Jésuites à Metz, par Viansson-Ponté. 8°. Strasbourg, Le Roux, 1897, p. 1 13.

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