‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 217 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

aux mœurs simples et laborieuses, les élèves de Saint- Gabriel comprenaient mieux que d'autres le sérieux delà vie et la nécessité du travail. La proportion des hommes utiles, distingués même, formés dans cette maison n'est certainement inférieure à celle d'aucun autre collège de la Compagnie de Jésus.

Les Jésuites avaient ouvert en France leur treizième collège; ils n'en avaient pas encore dans la capitale. Vraisemblablement ils n'étaient pas pressés de recueillir l'héritage de Louis-le- Grand, qui avait jeté trop d'éclat sur son passé. Une lettre du Père Roothaan au Provincial de Paris exprime des appréhensions que partageaient sans doute bien des Jésuites français. Au moment où, sans l'avoir cherché, ils se voyaient sur le point d'accepter un établissement d'éducation en plein exercice, le Père Général déclare que le projet ne lui sourit guère ; il ne serait même pas fâché si la négociation n'aboutissait pas; le chiffre de la dépense l'épouvante ; le nombre et la qualité des maîtres nécessaires l'inquiètent; un pensionnat à Paris lui inspire peu de confiance au point de vue de l'éducation chrétienne. (19 Juin 1852.) Cependant quelques semaines après, le Père Studer annonçait que l'affaire était conclue; le collège sera sous le patronage de l'Immaculée- Conception : «Nous sommes pleins de confiance dans la protection de Marie. » Les craintes formulées dans la lettre de Sa Paternité, poursuit le Provincial, ne doivent pas d'ailleurs arrêter une entreprise où paraît manifestement la main de la Providence. (15 Juillet 1852.)

L'affaire dont il s'agissait était engagée depuis plus de dix-huit mois. Dans le cours de février 1851, l'abbé Poiloup avait offert aux Jésuites de leur céder l'institution de Vaugirard ; elle comptait vingt ans d'existence et pouvait passer pour florissante. Elle était installée dans une vaste propriété proche des fortifications, qui avant la Révolution servait de campagne au clergé de la paroisse de Saint-

Sulpice. Par un passage pratiqué sous la rue, on communiquait avec une modeste maison que l'on vénère encore comme le berceau de la Société fondée par M. Olier. Les exigences et surtout les indécisions de l'abbé Poiloup avaient prolongé outre mesure les pourparlers; le public avait été mis au courant de ce qui se préparait; il n'en fallait pas davantage pour réveiller les passions populaires. On fut obligé à certain jour de faire appel à la police pour prévenir un malheur. D'autre part, le personnel de l'institution ne se voyait pas sans déplaisir évincé par les Jésuites; l'archevêque lui-même regrettait fort que l'abbé Poiloup passât à d'autres qu'au clergé diocésain un établissement prospère. Enfin tout étant réglé à des conditions passablement onéreuses, et l'année scolaire achevée, le Provincial de Paris fut mis en possession de l'immeuble le 3 août 1852, et le 19 octobre suivant eut lieu l'ouverture des classes. Cent soixante élèves étaient présents, dont quarante à peine avaient appartenu à l'institution Poiloup; les autres avaient suivi à Auteuil leurs anciens maîtres.

L'orateur chargé de porter la parole à la messe du Saint- Esprit fut le Père Olivaint. Il venait reprendre au collège naissant de Vaugirard cet enseignement de l'Histoire qu'il avait quitté sept ans auparavant pour répondre à l'appel de Dieu. Il occupa sa chaire les cinq premières années, puis le 13 septembre 1857, il succédait en qualité de Recteur au Père Eugène Goué. Le gouvernement du Père Olivaint, qui dura jusqu'à la fin de 1865, fut pour le collège une période de grande prospérité. Le nombre de ses élèves s'éleva presque à cinq cents, et il eût largement dépassé ce chiffre, si l'espace l'eût permis. En une seuleannée, on dut refuser plus de trois cents demandes. Une division avait été installée dans la maison de M. Olier; plus tard il fallut bâtir pour elle le petit collège dans la partie haute de la propriété.

En attendant, le besoin d'agrandir les locaux de l'ancienne institution devenait urgent. La construction

Page 1