‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 220 sur 324 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

le Père Recteur pouvait écrire : « La translation des élèves à Saint-Clément est presque terminée; il ne reste plus à notre ancienne résidence, et cela pour quelques semaines encore, que quatre ou cinq Pères et une trentaine de pensionnaires qui vont y passer la nuit. » Le 28 mars, dimanche des Rameaux, l'église avait été réconciliée et le saint sacrifice put y être offert pour la première fois depuis près de trois quarts de siècle. Un journaliste messin, M. Chenard de Mazières, écrivait à cette occasion : « La restitution au culte de la belle église de Saint-Clément est une conquête sur le génie de la destruction prêt à s'appesantir sur elle... LTne intelligente restauration lui a déjà rendu les imposantes proportions de ses lignes monumentales et l'intégrité de son ornementation primitive... Cette église due au génie du moine Springa est, si l'on veut, une fantaisie; mais il faut convenir que c'est une fantaisie grandiose et qui atteste un prodigieux talent de conception. Disparate dans ses détails, cet édifice n'en offre pas moins un ensemble magistral et des proportions harmonieuses. Telle qu'elle est aujourd'hui, elle apparaît entière, achevée; restaurée par d'habiles artistes, elle semble être sortie d'hier du cerveau de l'architecte et des mains de l'ouvrier1. »

Pour se3 débuts, le collège Saint-Clément abritait trois cent cinquante élèves ; au bout de peu d'années ils seraient cinq cents. Les Jésuites n'avaient rien épargné pour qu'ils y fussent à l'aise. L'antique couvent bénédictin rajeuni leur offrait un logement confortable, les dépendances avaient une étendue plus que suffisante, l'église monumentale faisait honneur à la cité. « Bientôt, continuait le chroniqueur, le collège de Metz comptera certainement comme un des établissements d'éducation les plus complets au point de vue de l'ordre intérieur, de l'hygiène, de l'air et de l'espace. » En faisant ces agréables constatations sur la fin de la première année, le Père

i. Les Jésuites à Metz, p. i56.

Stumpf signalait seulement un point noir, une dette de 860.000 francs. Il avait fallu compter quelque 450.000 francs pour l'achat seulement des immeubles de la vieille abbaye. C'était, sans tenir compte de l'amortissement, une charge de 40.000 francs d'intérêt annuel qui pesait sur le collège à sa naissance. Mgr Dupont des Loges ne crut pas qu'il fût « juste » d'en laisser tout le fardeau aux nouveaux propriétaires. En leur nom il fit appel dans une Lettre pastorale à la charité de ses diocésains : « Nous ne pouvons pas oublier, disait-il, que si, dédaignant les calculs de la prudence humaine et appuyés sur leur confiance en la Providence, ils ont acquis le vaste domaine de Saint-Clément, c'est pour doter cette ville et ce diocèse d'une magnifique maison d'éducation chrétienne et accomplir ainsi le vœu des familles les plus honorables... Souffre/, donc, concluait le grand évêque, que, après avoir déposé nous-même notre humble offrande entre les mains des vénérables propriétaires de Saint-Clément, nous vous exhortions avec simplicité à nous imiter. »

A raison même de sa situation à proximité de la frontière, Metz était la capitale stratégique de la Lorraine ; l'élément militaire y dominait, et par suite la profession des armes y était fort en honneur, comme d'ailleurs dans toutes nos Marches de l'Est. Aussi, les Jésuites étaient à peine installés à Saint-Augustin que leur Supérieur, le Père Turquand, écrivait: « Avant peu, nous n'en pouvons douter, on nous demandera une école préparatoire aux écoles militaires du Gouvernement. » (6 Janvier 1853.) La Compagnie de Jésus n'avait encore à cette date aucun établissement de ce genre en France. L'idée partie de Metz pouvait donc paraître hardie ; il faut se souvenir que le Père Turquand avait jadis porté l'épaulette. Quoi qu'il en soit, les demandes ne se firent assurément pas beaucoup attendre. L'année suivante, l'école Sainte-Geneviève s'ouvrait à Paris ; et c'est sans doute ce qui fit d'abord ajourner l'établissement des Cours préparatoires à Saint-Clément. Lors de la distribution des prix de 1858, le Père Stumpf

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