CHAPITRE VIII
ticle VII et la liberté d'enseignement, par Albert Duruy1. Ces écrivains ont presque tous vu et vécu ce qu'ils racontent, et leur œuvre a la valeur d'un témoignage autorisé D'autres ont donné à leurs souvenirs la forme du roman; l'imagination, pour ne rien dire de plus, les a nécessairement marqués de son empreinte. Nous ne mentionnerons que pour mémoire les hommes politiques et les professeurs universitaires qui ont à l'occasion parlé de l'éducation et de l'enseignement des Jésuites, sous l'impression d'incurables préjugés. Nous avons nous-même exposé assez longuement l'histoire, les méthodes, les programmes même des établissements de Saint-Acheul, de Fribourg et de Brugelette ; nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur, car dans ses lignes essentielles, la vie des collèges de la Compagnie de Jésus dans la période contemporaine ne diffère pas de ce qu'elle fut à l'époque antérieure. Il y a toutefois des nuances qui méritent d'être signalées, puis quelques traits à ajouter, pour achever le tableau de l'œuvre pédagogique des Jésuites français au xixe siècle.
Notons tout d'abord la similitude parfaite, au point de vue qui nous occupe, de toutes les maisons d'éducation déjà ouvertes par la Compagnie de Jésus ou qui le seront plus tard. Qui en connaît une peut dire qu'il les connaît toutes ; un élève peut passer de l'une à l'autre sans avoir l'impression d'un changement. Volontiers il dirait comme cet ancien: «Nous ne sommes jamais dépaysés dans nos maisons. » C'est que, malgré des différences accessoires, un même esprit qui les anime leur donne à toutes comme un air de famille.
Faciès non omnibus una, Non diversa tamen, qualem decet esse sororum2.
i . A mentionner encore les biographies du P. Olivaint par le P. Charles Clair, du P. Pillon par le P. Orhand, du P. Guidée par le P. Grandidier, du P. Gabriel Bouffier par le P. Alban Martel, etc., les Souvenirs de Sainte-Geneviève par le P. Chauveau, les Souvenirs de Saint-Clément de Metz par le P. Didierjean, etc.
2. Ovide, Métam. Liv. II, i3. Elles n'ont pas toutes le même visage; mais elle se ressemblent, comme il convient à des sœurs.
Le personnel se compose exclusivement, autant que possible, de religieux de la Compagnie de Jésus, prêtres pour la plupart ou destinés à le devenir ; d'après la règle en effet, les scolastiques doivent faire quelques années de régence avant les études préparatoires au sacerdoce; les frères laïques, dits coadjuteurs, sont chargés des différents offices. Tous les maîtres sont des Pères ; on ne leur donne pas d'autre appellation, et eux-mêmes, en s'adressant aux élèves, diront : Mes enfants. Gela seul suffira à marquer le ton d'une maison. Qui ne sent la différence d'avec celles où l'on connaît seulement des Messieurs et des Jeunes élèves ?
A la tête du collège apparaît le Père Recteur, dont le titre, d'après l'Institut de saint Ignace, l'emporte sur celui de Supérieur d'une simple résidence. C'est que le collège est dans la Compagnie de Jésus ce que l'on peut appeler la maison normale, ce qu'est le monastère dans les Ordres plus anciens. Dans le Père Recteur réside la plénitude de l'autorité, ou pour mieux dire, de la paternité ; il est le Père des pères et des enfants, et selon le langage même de l'Institut, il doit se souvenir qu'il porte sur ses épaules le collège tout entier. Dans le train ordinaire de la vie, il exerce son autorité par l'intermédiaire du Père ministre; ce personnage occupe le second rang dans la hiérarchie; il est, peut-on dire, l'organe du pouvoir exécutif; il a l'œil à tout, il commande, distribue permissions et dispenses, renvoyant seulement au Père Recteur les affaires d'importance majeure. L'économe chez les Jésuites s'appelle le Père Procureur ; sa fonction n'est pas de celles qui excitent les convoitises de ses confrères.
Vient ensuite le Père Préfet, qui a la surintendance des personnes et des choses dans Tordre scolaire ; il est à cet égard la cheville ouvrière du collège, dirigeant maîtres et élèves, et réglant de haut tout ce qui intéresse les études ou la discipline. Parfois on a cru devoir partager la fonction entre deux titulaires, l'un préfet des classes, l'autre préfet de discipline. L'expérience a prouvé que