CHAPITRE VIII
mieux vaut réunir les attributions entre les mains d'un seul.
A côté du Père Préfet mentionnons le ou plutôt les Pères spirituels ; car le collège en compte d'ordinaire plusieurs, ayant chacun la charge d'une division. Le titre qu'ils portent indique suffisamment la nature de leurs fonctions. Dans la vie réglementée d'un grand pensionnat où tout prend fatalement une allure officielle et sévère qui, malgré qu'on en ait, fait penser à la caserne, le Père spirituel représente la bonté accueillante, à laquelle on peut toujours avoir recours, à qui on ouvre son cœur, qui console, relève et encourage. Dans les collèges de la Compagnie, les élèves ont toujours le droit d'aller voir le Père spirituel, et lui-même peut toujours faire appeler ceux que la timidité retient et à qui il lui suffira de témoigner un peu d'affection paternelle pour dissiper un nuage ou peut-être guérir une crise intérieure. Par la congrégation qu'il dirige, le Père spirituel stimule les bonnes volontés individuelles et entretient dans la division un foyer de piété, de régularité et de bon esprit.
Les professeurs sont pour la plupart relativement jeunes ; nous ne faisons pas difficulté de reconnaître qu'ils sont moins fournis de grades universitaires que leurs collègues des lycées ; ce n'est pas une preuve qu'ils soient moins aptes à leur tâche ; tout au contraire, car trop de science chez le maître peut aisément se tourner en obstacle. La Compagnie de Jésus prépare ses religieux à l'enseignement dans ses maisons de juvénat où ils passent un an au moins, parfois deux et trois, au sortir du noviciat. Autant que possible, le professeur doit suivre ses élèves plusieurs années, et par conséquent monter avec eux d'une classe à l'autre. La plupart des Jésuites, après un stage plus ou moins long dans les collèges, quittent l'enseignement pour le ministère sacerdotal dans les résidences; ils ne sont pas rares cependant ceux qu'une vocation spéciale maintient dans leur chaire jusqu'au soir de la vie.
4f>0 LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Le collège compte normalement trois divisions : grands, moyens et petits, dont l'effectif varie de soixante à cent vingt. Il y a pour chacune d'elles au moins deux et parfois trois surveillants. De toutes les charges du collège, celle-là est à bien des égards la plus lourde et humainement la moins enviable. Quiconque a suivi quelque peu l'histoire des internats universitaires sait combien elle y est discréditée. La question des surveillants fut pendant de longues années, et elle est encore sans doute le cauchemar de la haute administration de l'Instruction publique. L'appellation étant assez peu reluisante, on les a érigés en maîtres répétiteurs, puis en professeurs adjoints ; mais ni les changements d'étiquettes, ni les relèvements de salaire n'ont pu donner à la fonction la considération qui lui manque, et le problème paraît être de ceux dont on cherche vainement la solution. Chez les Jésuites le surveillant est resté le surveillant. Ni à ses yeux ni à ceux de ses confrères le rôle n'apparaît comme inférieur; car tous le regardent comme un apostolat. De ce point de vue aucun autre n'a plus de dignité, mais aussi aucun autre ne demande plus d'abnégation. Le surveillant ne s'appartient pas; en dehors du temps des classes il a littéralement sa division sur les bras; étude, récréations, dortoir, réfectoire, promenades, tout est à sa charge, et il n'a pas pour l'aider dans sa tâche le prestige que le savoir donne au professeur: lui, il n'est pour l'enfant que l'homme de la règle et de la discipline, en qui son instinct le porte à voir un ennemi. On sait quelle importance a dans les collèges des Jésuites la question des jeux. Celle-là encore est du ressort des surveillants. A eux de faire en sorte que dans leurs divisions le temps des récréations se passe à jouer avec entrain et persévérance. Ce n'est pas toujours chose facile; il ne suffira pas de payer de leur personne, de soutenir par leur exemple une ardeur parfois languissante, mais il leur faudra souvent, pour assurer l'amusement de leur petit peuple, méditer, chercher, travailler autant et plus que pour préparer une leçon de haute