CHAPITRE PREMIER
présidé comme vous à une retraile de plusieurs milliers d'hommes prêchée par un Jésuite ; aucun d'eux n'a célébré la plus grande fête de cette année 1845 en donnant solennellement la sainte communion de moitié avec un Jésuite... » (13 Mai.)
Le nonce, à qui cette lettre fut communiquée, l'avait, parait-il, fortement approuvée. Mgr Parisis alla plus loin ; sa réponse à Montalembert vaut d'être citée ; l'isolement de Mgr Affre dans la question des Jésuites y est soulignée de façon point banale :
« La voie dans laquelle entre l'archevêque de Paris est assurément mauvaise et triste pour lui ; mais je ne la trouve pas malheureuse pour nous. Plus l'égarement sera manifeste, moins il sera partagé. Je regarde comme un bien tout ce qui sépare de Paris ; car cette capitale est religieusement la rivale de Rome en France. C'est la Rome des gallicans et des hérétiques. C'est la Rome future de tous ceux qui rêvent une Eglise nationale ; et il faut avouer que le haut clergé de ce diocèse se donne des airs de primatie qui favorisent singulièrement l'idée de faire de cette grande ville le centre suprême, indépendant, unique de toutes les affaires religieuses parmi nous. De là je conclus que mettre toutes les provinces catholiques en défiance de ce patriarcat, leur faire prendre même une attitude de résistance à son égard, c'est servir la cause de la seule vraie unité. » (1er Juin1.)
Si les Jésuites avaient pu garder quelque ressentiment contre l'archevêque de Paris, sa fin héroïque aurait suili à le bannir de leur cœur à tout jamais, pour n'y laisser place qu'à une religieuse admiration envers le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Mais il y a plus ; Mgr Affre s'est acquis, devant la mort, un droit spécial à la vénération de la famille de saint Ignace. Elle a. croyons-nous, le devoir de révéler un fait que les biographes ont passé sous silence, fait honorable pour elle sans
i. Lettre citée, ainsi que la précédente, dans le Montalembert du P. Lacanuet. Tome II, p. a56.
doute, mais qui est bien plus encore à la gloire du prélat martyr de la charité. L'exactitude en est garantie par l'attestation écrite du Provincial et du Supérieur de la résidence de Paris.
Atteint par une balle sur la barricade du faubourg Saint- Antoine, le soir du 25 juin 1848, Mgr Affre n'expira que le surlendemain. 11 employa saintement ces longues heures d'agonie. Au moment de paraître devant Dieu, les Jésuites lurent par deux fois l'objet de ses recommandations suprêmes. Tout d'abord ce fut l'abbé Delage, son secrétaire particulier, qu'il chargea de leur porter l'expression de son estime, de son affection, en même temps que ses regrets. Puis, revenant sur ce sujet avec l'abbé de la lîouillerie, son vicaire général : « Vous ferez mieux la commission, lui dit-il, vous connaissez les Pères. Allez donc, et dites-leur bien de ma part que je reconnais avoir été quelquefois dur à leur égard ; je les ai toujours estimés et aimés comme d'excellents prêtres. » — « Voilà, poursuit le Père Rubillon, ce que M. l'abbé de la Bouillerie dit aux PP. Guidée et de Ravignan et ce qu'il a encore répété devant moi, le mardi 4 juillet, dans une des salles de l'archevêché. » De son côté, le Père Guidée, après avoir reproduit les paroles que l'abbé de la Bouillerie lui avait transmises à lui-même de la part du prélat mourant ajoute : « C'était, a-t-il dit, une affaire grave et à laquelle il attachait une très haute importance1. »
Après cela, les Jésuites français pouvaient, malgré les dissentiments du passé, inscrire le nom de Mgr Affre parmi ceux des évêques à qui ils garderaient le plus de respect et de gratitude. A leur suite il en est beaucoup d'autres qui devraient trouver ici leur place. « Je vous
i. Lettre du P. Rubillon, Provincial de France, au R. P. Général, il août i848. Lettre du P. Guidée au même, n juillet i848. (Archù: rom.)