CHAPITRE VIII
contentait de leur enlever le nom de collèges, lequel devait être réservé aux établissements officiels de moindre importance que les lycées. Les Jésuites et les autres particuliers n'auraient plus que des Écoles secondaires libres. On était alors engagé à fond dans la campagne d'intrigues et d'actions militaires qui devaient aboutir à l'unité de l'Italie. En 1858, c'est l'entrevue de Plombières, où le ministre Gavour obtient de l'empereur liberté d'aller de l'avant. En 1859, guerre avec l'Autriche ; nous lui arrachons la Lombardie pour la donner au Piémont. C'est maintenant le tour des Etats de l'Eglise. Le Pape menacé fait appel au dévouement des catholiques. De toutes parts les volontaires accourent et, sous la conduite de La Moricière et de Pimodan, forment la petite armée des zouaves pontificaux. On sait quel élan souleva alors l'élite de la jeunesse française. Ce fut comme un souffle de Croisade qui passa sur le pays. Dans les séminaires, dans les collèges, ceux à qui leur âge le permettait demandaient à s'enrôler; quelques-uns partirent en ell'et; ils eussent été plus nombreux si la prudence de leurs maîtres ne les eût retenus. Les provinces de l'Ouest, la Bretagne en particulier, se distinguèrent par leur dévouement à la cause du Saint-Père. Sur la fin de l'année, le Père Pillon écrivait à un ami : « Nous comptions soixanteneuf de nos anciens élèves dans l'armée pontificale et, sur ces soixante-neuf, trente-deux étaient de notre maison de Vannes, dont trois morts. » (23 Novembre 1860.) La petite troupe fut écrasée à Casteliîdardo (18 septembre) où elle combattit, un contre dix, les forces piémontaises. Sur quatre cents Français qui avaient pris part à la bataille, cent quarante seulement survécurent au désastre. Parmi les trois victimes dont parle le Père Pillon, se trouvait Georges d'Héliand, une des figures les plus sympathiques de ce groupe de jeunes héros qui s'en allaient donner leur vie pour la défense du Pontife-Roi. Georges avait dix-huit ans; il venait de quitter le collège et d'être reçu bachelier. Il fut des premiers à s'engager
sous la bannière du Pape, et au bout de deux mois, il tombait martyr de sa foi et de sa vaillance. Sa pieuse mère écrivait au Père Recteur de Saint-François-Xavier une lettre digne des premiers âges de l'Eglise. Elle remercie Dieu d'avoir ainsi assuré le salut de son enfant, et parmi toutes les grâces dont il fut l'objet dans sa trop courte vie, elle met au premier rang l'éducation chrétienne qu'il a reçue au collège.
C'est au lendemain de Castelfidardo que Mgr Pie lançait à l'adresse de Napoléon 111 la terrible allusion : « Lave tes mains, ô Pilate ! » Les attentats de la Révolution italienne allaient se succéder de façon intermittente, jusqu'au mois de septembre 1870, qui devait voir la spoliation finale du Pape et l'effondrement de la fortune de « Pilate ». Pendant cette période de douze années de nouveaux contingents vinrent monter la garde autour du patrimoine de Saint-Pierre; le collège de Vannes ne compta pas moins de cent seize de ses élèves dans la milice pontificale. Les autres collèges de la Compagnie y avaient aussi des leurs, quoique en moins grand nombre, et plus d'un qui mourut pour la patrie dans la guerre franco-allemande avait fait ses premières armes comme soldat du Pape.
Après cela la monotonie de l'histoire de ces collèges n'est guère interrompue que par un épisode beaucoup moins glorieux et qui ne mériterait pas de trouver place ici, n'était le bruit énorme dont il fut l'occasion.
Le 14 décembre 1888, en l'audience du tribunal correctionnel de Bordeaux, comparaissaient deux Jésuites, le Père Paul de Lajudic préfet et le Père Lucien Comire sous-préfet au collège de Tivoli. Ils étaient poursuivis pour avoir fouetté trois ou quatre élèves indisciplinés. Le père de l'un d'eux avait porté plainte; c'était cependant avec son consentement formel que son fils avait été corrigé; mais ensuite de mauvais conseils le portèrent à intenter l'action. Les autres pères de famille appelés comme témoins déclarèrent nettement que la correction manuelle avait été infligée d'après leur autorisation