‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 252 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

silence complet, même au temps des récréations, et au lieu de sermons, méditations en particulier. Dès lors fut introduit un règlement inspiré de celui des scolasticats de la Compagnie. L'initiative n'était pas sans quelque hardiesse; l'avenir dirait si elle était heureuse. Peu après, le Père Général écrivait au Supérieur, le Père Jules Payan : « Je bénis le Seigneur des heureux, commencements de voire maison et de l'essai que vous y avez fait de nos usages, soit pour les études, soit pour la direction spirituelle. L'expérience montrera si cette méthode est préférable à celle qui a été établie à Montauban par le Père Jeanjacquot. » (22 Février 1S50.) L'ancien professeur du Grand Séminaire de Besançon en effet n'avait pas cru devoir entreprendre une réforme aussi radicale. A s'en tenir aux rares documents qui nous restent, il ne semble pas qu'on ait eu à regretter celle qu'on avait osée à Aire.

Les séminaristes appelés aux Ordres sacrés demandaient spontanément le Bréviaire romain ; l'évêque luimême l'adopta, et sans l'imposer à ses prêtres, son exemple en persuada un bon nombre. Plusieurs d'entre eux vinrent chaque année pendant les vacances faire, sous la direction des Jésuites, ces Exercices spirituels qui avaient déjà transformé les séminaristes. Un rapport du Père Maillard après la visite provinciale fait entrevoir la bonne harmonie et l'esprit excellent qui régnaient au Séminaire de Dax sous le nouveau régime : « En arrivant dans cette chère maison, nous y avons trouvé Mgr l'évêque, qui était là depuis quelques jours. Il y vient de temps en temps et habite en famille avec nous; repas, récréation, il partage tous nos exercices sans rien déranger à leur simplicité, sainte pauvreté ou aisance religieuse. C'est un exemple de plus à ses séminaristes et à son clergé, et comme une preuve de plus d'estime et d'affection pour nous. J'ai trouvé le Séminaire dans un état de calme intérieur, de paix et d'union fraternelle très consolant... Dax et Montauban doivent nous donner du goût pour ces œuvres de formation de jeunes clercs... » (16 Juin 1851.)

Cependant Mgr Lanneluc mettait la main à une entreprise considérable dans laquelle il dépensa tout à la fois les forces de ses dernières années et le plus clair de son avoir. Ayant résolu d'établir le Grand Séminaire dans la ville épiscopale, il en posa la première pierre en 1853. Les travaux ne durèrent pas moins de trois ans, et au moment où ils touchaient à leur fin, l'évoque mourut. (30 Juin 1856.) La volonté du prélat éiaittrop connue pour que les vicaires capitulaires pussent hésitera effectuer le transfert avant la prise de possession de son successeur. Peut-être même craignaient-ils que le nouveau titulaire n'osât pas affronter les réclamations de ceux qui pour diverses raisons s'opposaient à ce déplacement. Quoi qu'il en soit, l'ouverture du Grand Séminaire d'Aire-surl'Adour se fit le 26 novembre 1856. A peine installé, Mgr Hiraboure prêta l'oreille aux ennemis des Jésuites; il y en a partout et toujours. Les Lettres annuelles parlent dune tempête soulevée contre eux en cette première avinée d'épiscopat; déjà il était bruit de leur renvoi. La menace toutefois fut de courte durée; l'affection que les séminaristes témoignèrent en cette occasion pour leurs maîtres, leur douleur à la pensée de les perdre contribua sans doute à dissiper les préventions qu'on avait inspirées au prélat, et il leur accorda dès lors une confiance qui ne se démentit plus jusqu'à la fin de son court passade sur le siège d'Aire. Il mourut le 25 juin 1859. Son successeur, Mgr Epivent, professait une grande admiration pour les usages de Saint-Sulpice. On pouvait supposer qu'il n'aurait qu'une médiocre sympathie sinon pour les directeurs de son Grand Séminaire, du moins pour leurs méthodes. Mais lors de son premier voyage ad Umïna, le Pape Pie IX le félicita chaudement de ce que ces directeurs étaient des Jésuites. Cet éloge du chef de l'Eglise fut pour lui une lumière.

Le Grand Séminaire de Blois passa également sous la direction des Jésuites la même année que celui de Dax.

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