‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 253 sur 324 · chapitre vin · texte numérisé non relu

chapitre vin

11 existait depuis vingt-cinq ans, et dans ce quart de siècle « avait usé huit administrations diverses » •.

En 1828, le Père Godinot avait été sollicité d'en prendre la charge ; il aurait répondu, si Ton en croit le futur archevêque d'Alby, -Mgr Lyonnet, qui en était alors le Supérieur, que la Compagnie n'acceptait pas ce genre de ministère. Quoi qu'il en soit, le Père Rubillon, Provincial de Paris, ne crut pas devoir écarter la demande de l'évêque, Mgr des Essarts. L'accord conclu entre eux laisse entrevoir quelques traces de défiance dans l'esprit (iu prélat : « Aucun changement ne sera apporté au règlement en vigueur sans le consentement exprès de l'évêque. Tout ce qui concerne l'enseignement sera religieusement soumis à la sanction de Monseigneur. Aucun livre élémentaire de Théologie, de Philosophie et même d'Histoire ne sera adopté pour l'enseignement des élèves sans l'approbation de Mgr l'évêque... Aucun séminariste ne pourra être admis au noviciat pendant son séminaire... »

Cependant la prochaine arrivée des Jésuites à Blois allait y déchaîner un orage. On en peut juger par le récit (iue le premier Supérieur du Séminaire, le Père îiilaire, adressait au Père Général au début de 1850 : a A peine le dessein de Monseigneur fut-il connu, qu'une violente opposition éclata dans le clergé, comme parmi les laïques: les séminaristes se laissèrent entraîner à une démonstration collective du même genre. Ce ne fut pendant trois mois qu'un concert presque unanime de rumeurs populaires, de critiques de salons, de pétitions menaçantes, de visites, de reproches, de prédictions sinistres. Le vénérable prélat tint bon. Le jour de la rentrée, il fit aux élèves une allocution pleine d'âme, de piété et d'affection pour nous. Dès le début les séminaristes se sont montrés dociles, empressés à nos leçons et reconnaissants des soins que nous leur donnions. » (3 Janvier 1850.)

En somme, l'effervescence avait été de courte durée ;

i . Lettre du P. Hilaire, Supérieur du Séminaire de Blois, au R. P. Général, 3 janvier i85o.

l'émotion excitée par le nom de Loyola était trop factice pour ne pas tomber devant cinq ou six pauvres prêtres assurément bien incapables de bouleverser la ville et la région. Gomme on le voit, les séminaristes eurent bientôt fait abandon de leurs préjugés. Deux ans plus tard, le Père Milaire n'a qu'à se louer de leurs bonnes dispositions qui, dit-il, « sont toujours allées croissant ». (17 Novembre 1851.)

Malheureusement, à cette date, un événement s'était produit qui allait remettre en question la présence de la Compagnie de Jésus au Grand Séminaire de Rlois; Mgr des Essarts, qui l'y avait introduite contre vents et marées, venait de mourir. Son successeur, Mgr Pallu du Parc, arrivait dans un état d'esprit moins favorable aux Jésuites, si bien qu'en peu de temps on se trouva dans une situation des plus délicates. Laissons le Père Hilaire raconter la crise et son dénouement assez inattendu. La lettre est du 5 avril 1852 :

« Notre prélat, dit-il, est plein d'estime pour Saint-Sulpice où il a été élevé et dont, au Séminaire de La Rochelle, il copiait scrupuleusement et avec une sorte de culte tous les usages et toutes les tendances. Rien de mieux; c'était certainement suivre un excellent modèle. Mais il en est résulté que, en arrivant ici, tout ce qui dans nos principes de direction, dans nos usages, dans notre enseignement, dans notre esprit, ne cadrait pas avec ces idées, provoquait chez lui une sorte de répulsion instinctive. D'autres incidents, étrangers au Séminaire, vinrent aigrir le nouvel évêque, et il paraît certain que, au mois de janvier, on parla à l'évêché d'en finir avec nous et d'appeler à notre place les Sulpiciens. La réponse négative ou dilatoire qu'ils firent et un événement imprévu vinrent modifier ces dispositions; ce fut la visite de Mgr Dupanloup.

« Le Grand Séminaire d'Orléans est dirigé depuis de longues années par des Sulpiciens. Mgr Dupanloup manifesta le désir de voir le Séminaire deBloiset de s'entretenir avec moi de la marche de la maison et des méthodes

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