CHAPITRE IX
cette mission délicate. Ce nom rappelle un des religieux français les plus en vue à Rome au commencement de la seconde moitié du dernier siècle. On sait quelle réputation il avait acquise dans les colonies étrangères, et surtout parmi nos compatriotes, par ses hautes vertus et l'affabilité de ses manières. Originaire du Rouergue, il avait été appelé par le Père Roothaan, en 1834, auprès de l'Assistant de France en qualité de substitut, l'onction qu'il remplit l'espace de trente-deux ans et jusqu'à sa mort. (5 Décembre 1866.) Le Père de Viilefort arriva à Toulouse dans le courant de mai 1857; on ne l'accueillit point comme un inquisiteur fâcheux. Quelques semaines plus tard le Père Général pouvait écrire : « La manière franche et cordiale avec laquelle a été reçu le Père de Viilefort m'a bien consolé; elle m'a montré que la négligence n'était que dans la forme et que le zèle pour le bien de la Compagnie était toujours resté ce qu'il devait être. » (10 Juin 1857.) La tournée du Visiteur se prolongea jusqu'au mois de septembre. Après avoir parcouru tous les établissements de la Province de Toulouse et s'être entretenu avec chacun de ses religieux, le Père de Viilefort, dans son rapport, leur rendait ce beau témoignage : « Un grand esprit de dévouement et de générosité est leur caractère distinctif. »
Cependant le trop silencieux Provincial allait être remplacé avant l'expiration de son mandat. La nouvelle de cette disgrâce n'apporta d'ailleurs que du soulagement à celui qui en était l'objet. Un billet du Père Ogerdias, conservé aux Archives romaines, témoigne que sa satisfaction lui avait rendu assez d'énergie pour lui faire reprendre la plume : « Le R. P. Studer, écrit-il le 7 février 1858, arrivera à Toulouse à la fin de la semaine; sa nomination est annoncée à toutes les maisons de la Province. Encore quelques jours et je vais être déchargé. »
Le Père Frédéric Studer appartenait à la Province de Paris et venait de la gouverner pendant six ans. Depuis quelques mois il habitait la maison de la rue de Sèvres,
sans emploi déterminé. C'est là ({ne la confiance du Père Général alla le chercher pour le mettre à la tête de la Province de Toulouse; il y resta jusqu'au 1er octobre 1803. Cette période de cinq années fut remarquable par le développement des œuvres dans la plupart des établissements, dont le nombre resta d'ailleurs sensiblement le même. Le Père Studer avait l'esprit clair et la volonté résolue. Il lui fallait peu de temps pour débrouiller une question et la décision ne se faisait pas attendre : « Notre nouveau Provincial, écrivait un Supérieur de collège, a terminé en quelques jours une quantité d'affaires qui eût arrêté un autre pendant des mois. » Peut-être bien manqua-t-il de modération dans certaines entreprises où il estimaitque les vastes pensers étaient à leur place. Assurément il a sa part de responsabilité dansles constructions passablement prétentieuses du collège de Tivoli. Et ce n'était pas seulement à Bordeaux que les bâtisses en s'élevant élargissaient le gouffre des dettes. On s'en effrayait à Rome, et dès le mois de novembre 1859, le Père Général écrivant au Père Studer l'adjurait, avec les formules les plus solennelles, Per viscera Jesu Chris li oro et obtestor... de refréner cette course à l'abîme. Le Père Provincial, il est vrai, pensait pouvoir rassurer son Supérieur : « Vous le voyez, lui écrivait-il, d'après cet exposé que je crois très exact, vos inquiétudes, toutes fondées quelles sont, ne doivent pas être excessives, en ce qui concerne la résidence de Toulouse... Les lettres qui vont suivre donneront aussi, je l'espère, relativement aux autres maisons de la Province, de bonnes espérances. » (18 Décembre 1859.)
Un mois plus tard, le Père Studer prenait une initiative de la plus haute importance au point de vue des intérêts temporels de la Province qu'il dirigeait et de toute la Compagnie de Jésus en France. Jusqu'alors le mode adopté pour la propriété de ses immeubles avait été la forme tontinière. Un petit nombre de religieux étaient personnellement possesseurs au regard de l'Etat, et chacun