CHAPITRE IX
d'eux à sa mort laissait à ses coassociés sa part de propriété. Ce système, reconnu par la loi civile, avait ses avantages et ses inconvénients. Ce n'est pas le cas d'exposer ici les uns et les autres. Mais assurément le système de la société anonyme était préférable à beaucoup d'égards. C'est ce que le Père Lamy, Procureur de la Province de Toulouse, exposait dans un rapport rédigé avec l'aide d'hommes compétents. Le Père Studer eut la sagesse d'accueillir cette nouveauté et de s'en faire le défenseur auprès des autorités romaines, lesquelles d'ailleurs lui donnèrent leur pleine approbation. Le caractère anonyme des actions et leur mobilité permettait en effet de constituer la propriété religieuse de manière plus conforme au Droit canon et en même temps mieux garantie contre les atteintes d'un Pouvoir malveillant. Il n'a fallu rien moins aux auteurs de la loi de 1901 que la volonté arrêtée de bouleverser tous les principes du Droit, pour spolier les sociétés anonymes propriétaires des établissements religieux. Le Père Général autorisait donc les Jésuites français à transformer le mode légal de leur propriété; seulement, bien qu'il y eût avantage à réunir plusieurs maisons entre les mains d'une société unique, il rappelait que le Droit commun des Ordres religieux, aussi bien que celui de la Compagnie, ne permettait pas de les rendre légalement solidaires les unes des autres. (21 Janvier 1860.)
Peu de temps avant de mourir, le Père Maillard, en achevant la visite provinciale de la résidence de Toulouse, témoignait une fois de plus son enthousiaste admiration: « Nos braves operarii travaillent toujours avec un égal zèle et succès. C'est comme un feu roulant et continuel: missions, stations, retraites, etc.. Cette bonne ville de Toulouse ne cesse de nous montrer l'estime et l'affection que de temps immémorial elle a professées pour notre Société. Et la preuve se traduit perpétuellement dans les
aumônes qui entretiennent à la fois résidence et noviciat. Soixante personnes! Quelle charité! » ( 7 Avril 1853.)
Au cours de sa dernière année, il eut la consolation de voir se conclure une aifaire que sans doute il avait grandement à cœur. Le vieux couvent de la rue de l'Inquisition était désormais bien étroit pour la population qu'il abritait. Dès lors le transfert de la résidence et le choix même de l'emplacement était chose résolue. Le 17 mars 1854, le Père Ogerdias écrivait : « Les vendeurs nous proposent les conditions que nous avions fait offrir; nous ne pouvions guère reculer. L'acquisition du nouvel hôtel est donc à peu près conclue. L'acte ne sera fait que dans trois mois. Alors aussi l'hôtel sera libre. Si les circonstances sont favorables, nous commencerons alors aussi la construction de l'église... » De fait l'année suivante, devenu Provincial, le même Père Ogerdias mande sommairement : « Nos constructions s'élèvent ; la maison sera bientôt au dernier étage ; pour l'église on est moins avancé, mais enfin on marche toujours. » (31 Août 1855.)
Quand le Père Studer prit la succession du Père Ogerdias, les Jésuites de Toulouse étaient installés dans leur nouvel établissement de la rue des Fleurs, et voici le jugement qu'en portait le nouveau Provincial : « L'église de la résidence est bien faite, très belle et convenable à nos ministères; mais l'économie a été un peu oubliée. La façade de la maison présente un inconvénient très grave selon moi, c'est que toutes les chambres des Pères ont vue sur le boulevard. » (20 Février 1858.) Il y avait là assurément une méconnaissance des délicatesses dont il convient d'entourer la vie religieuse. Quelques jours plus tard le Père Général répondaitque, lui aussi, il estimait très regrettable l'inconvénient des fenêtres ouvrant en plein sur un boulevard, et très discrètement il suggérait le moyen d'y remédier: « Ici, à Rome, les fenêtres qui donnent sur la rue ont jusqu'à la moitié de la hauteur des verres dépolis ou taillés à facettes. » (5 Mars 1858.)
Au moment de sortir de charge, à l'automne de 1863,