CHAPITRE IX
de huit ans à la tète du scolasticat (septembre 1855-septembre 1863) d'où il fut appelé à succéder au Père Studer, comme Provincial de Toulouse.
Quant au scolasticat, son effectif subit dans cette période d'assez fortes fluctuations. Pendant les premières années, les théologiens de Lyon y furent réunis à ceux de Toulouse; mais, à la fin de 1853, leur départ fit tomber le chiffre des étudiants à une trentaine ; l'année suivante ils étaient plus de cinquante, et en 1858, lors de la visite du Père de Villefort, ils étaient au nombre de soixante-quatorze partagés également entre théologiens et philosophes. La maison comptait alors un total de cent vingt-trois personnes, chiffre qui devait monter encore les années suivantes ; le 2 novembre 1861, on écrivait de Rome au Père Rouquayrol, Recteur de Vais: « Votre maison est en ce moment, je crois, la plus nombreuse de la Compagnie. » Elle avait alors cent cinquante-six habitants. On était loin encore du chiffre de deux cent onze, atteint en 1849, grâce aux Italiens chassés de chez eux par la Révolution. Pendant que novices et scolastiques poursuivaient leur vie de recueillement et d'études, les missionnaires fournissaient une somme de travail vraiment digne des temps héroïques. Le Père Maillard lui-même en était dans l'étonnement: «C'est chose incroyable, écrivait-il le 28 juillet 1851, depuis le 1er janvier jusqu'à ce jour, ils ont donné soixante jubilés ou Missions, et avec des succès prodigieux. » Quelques années plus tard, le Père Rouquayrol rédige un bilan analogue: « Depuis que le jubilé accordé récemment par Notre Saint-Père le Pape a été publié dans le diocèse, nous avons donné les Exercices dans une trentaine de paroisses, et il nous en reste plus de vingt à évangéliser. Il nous a été impossible d'accepter toutes les invitations à cause du petit nombre de Pères employés à la prédication, et parce que, instruit par l'expérience du dernier jubilé, j'ai cru devoir établir en principe que les prédications dureraient quinze jours au moins dans chaque paroisse et seraient données par deux Pères. » (26 Août 1858.)
Entre temps avait lieu un de ces jubilés périodiques de Notre-Dame du Puy qui attirent des foules innombrables, et où tous les prêtres de la communauté de Vais devaient payer de leur personne. (1853.) D'après la statistique des œuvres, le chiffre des confessions qu'ils entendent au cours de Tannée n'est guère inférieur à cent mille. Il y eut dans tout le pays un merveilleux élan de foi et de piété. Il arriva plus d'une fois qu'on distribuait la sainte communion dans le vieux sanctuaire à cinq heures du soir, parce que des personnes venues de loin avaient dû attendre leur tour pour se confesser.
Le jubilé fut clôturé à Vais par une fête où se trouvèrent réunies auprès de l'évêque toutes les autorités civiles et militaires. Les scolastiques durent se mettre en frais de littérature et de poésie; Notre-Dame de France fut chantée en huit ou dix langues ; un certain nombre de ces pièces furent imprimées et formèrent un gracieux recueil qui demeure comme mémorial des solennités grandioses de ce jubilé, lequel venait lui-même si bien à son heure pour préparer la glorification de la Vierge Immaculée.
La ville du Puy s'apprêtait d'ailleurs à lui rendre un hommage plus triomphal encore ; nous voulons parler de l'érection de la statue gigantesque de Notre-Dame de France au sommet du rocher Corneille. Cette incomparable manifestation de la dévotion mariale en notre pays a sa place dans notre Histoire. C'est de Vais en effet que l'idée première en était partie. En 184G,le Père de Ravignan qui s'y trouvait parla à ses confrères d'une statue colossale de la Madone1, qui serait si bien à sa place sur le magnifique piédestal dressé par la nature en pleine ville
i . Une dame anglaise qui s'occupait à Paris de l'instruction religieuse de ses compatriotes en voie de conversion au catholicisme, lady Murray, interrogea par écrit le Père de Ravignan sur la part qu'il avait eue dans l'œuvre de la fameuse statue. Le Père lui répondit par un petit billet que l'on conserve aux Archives : « // est vrai, une première idée fui ■éc, il y ii déjà bien des années, par votre pauvre serviteur. » (///*toire de *Y.-U. de France, par le P. Xampon. S. J.)