CHAPITRE IX
du Puy; il tâcha même de faire goûter le projeta Mgr Darcimoles.Mais l'évêque, occapé alors à réparer sa cathédrale, avait d'autres soucis; le temps n'était pas venu. Toutefois l'idée était dans l'air; différents personnages la propageaient, à qui plus tard on en attribua l'initiative; tels l'abbé Gombalot dont la chaude parole conquit le clergé et la population, l'abbé Sire, de Saint-Sulpice, alors professeur au Grand Séminaire du Puy, d'autres encore. Mgr deMorlhon, successeur de Mgr Darcimoles, lui-même était gagné. Le jubilé de Notre-Dame, la proclamation imminente du dogme de l'Immaculée-Conception surexcitaient la piété des fidèles et garantissaient à l'entreprise la sympathie universelle. Mais dès l'abord elle apparut irréalisable pour un motif d'ordre purement matériel; le rocher ne supporterait pas une pareille masse, à supposer qu'on parvînt à la hisser sur cette crête escarpée.
Entre autres ouvriers de la première heure qui aplanirent les voies se trouvèrent deux religieux de Vais. Le Père Jean-François Ducis, longtemps professeur de sciences naturelles au scolasticat, homme d'une tendre piété et d'une imagination vive, étudia la force de résistance du rocher Corneille et fut amené à conclure que les appréhensions étaient sans fondement. Il rédigea un Mémoire en ce sens et le présenta à Mgr de Morlhon qui le soumit à l'examen d'hommes compétents. La démonstration parut péremptoire et dès lors l'exécution du monument fut admise en principe. Le Père Ducis avait bien mérité de prendre place parmi les membres de la Commission chargée de mener à bien l'œuvre projetée. Un autre Jésuite y entraaveclui, le Père Régis Nampon, qui avait, comme missionnaire, de beaux états de service, et qui, sur la demande expresse de l'évêque du Puy, allait se faire pendant des années, d'un bout du pays à l'autre, l'apôtre et le mendiant de Notre-Dame de France.
Le 10 décembre 1854, deux jours après la proclamation du dogme de Marie Immaculée, le clergé du Puy posait en grande solennité la première pierre du monument de
la Madone ; mais il fallut attendre encore six longues années avant que l'œuvre fût parachevée. En effet, c'est seulement le 12 septembre 1860 que la merveilleuse statue de quarante-huit pieds de hauteur, fondue en partie avec le bronze des canons de Sébastopol, fut inaugurée au milieu des acclamations de plus de cent mille personnes accourues à cette incomparable fête1.
Au lendemain de la division, la Province de Lyon amputée d'une moitié de son territoire comprenait les cinq collèges d'Avignon, de Dôle, de Saint-Étienne, de Moulins et de Mongré et en outre les deux résidences de Lyon, avec celles d'Aix, d'Avignon, de Marseille, de Grenoble et de Lalouvesc. Elle avait de plus des établissements en Syrie, en Algérie, en Louisiane et un commencement d'installation en Savoie. Son noviciat était à Avignon et ses scolastiques, théologiens et philosophes, restaient provisoirement à Vais avec ceux de Toulouse.
L'ancien Supérieur de cette importante maison, le Père Joseph Bon avait éprouvé un vif regret de ne pas la trouver dans le lot de la Province qu'il était appelé à gouverner. Ce regret, il lavait exprimé au Père Général avec
i. Le piédestal en pierre, avec une armature de fer, s'élève à 6,70 mètres au-dessus du rocher. La statue a 16 mètres; la longueur du serpent que la Vierge écrase du pied est de 17 mètres. Celle du pied lui-même est de x,y2 mètre; celle de la chevelure de la Madone, déroulée à longs plis sur son manteau constellé, 7 mètres. L'avant-bras n'a pas moins de 3, ,5 mètres et la main i,56 mètre. Le poids du groupe entier, avec l'escalier intérieur d-: 58 marches, plus 16 échelons, est de 110.000 kilogrammes.
Notre-Dame de France est le chef-d'œuvre de Bonnassieux. Sur une demi-sphère la Vierge est debout, tenant sur son bras droit le Divin Enfant, qui bénit la ville et le monde. L'attitude de la Vierge est d'une majesté frappante, qui fait dire comme spontanément le mot écrit en lettres d'or sur le piédestal : Salve, Regina! (Cf. Histoire de Notre-Dame de France, par le P. Nampon, S. J. Le Puy, 1868. — On trouvera dans ce livre des détails très complets et très intéressants sur tout ce qui concerne ce monument vraiment unique de la piété d'un grand peuple envers la Mère de Dieu.)