‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 273 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

depuis trois semaines. J'ai amené avec moi de Vais seize novices scolastiques et quelques coadjuteurs. Le 21 novembre, fête de la Présentalion de la Très Sainte Vierge, les exercices du noviciat reprenaient leur cours à Notre- Dame de l'Ermitage. » Sans se mettre aucunement en frais de littérature, le grave Maître des novices esquissait ensuite une description : « La maison estvaste, commode, régulièrement distribuée. La position est belle et riante; on est ici dans la solitude, à dix minutes de la ville; c'est très favorable au recueillement du noviciat. » L'esquisse paraîtra sobre à ceux qui connaissent le site ravissant de Montciel : c'est le nom de ce coin de terre gracieux entre tous. 11 devait abriter par la suite les juvénistes, c'est-à-dire les jeunes religieux qui, au sortir du noviciat, se préparent à l'enseignement par une ou deux années d'études littéraires. On eût difficilement trouvé un séjour mieux fait pour favoriser chez eux le sentiment et le goût de la belle nature.

La fondation de Lons-le-Saunier remit à l'ordre du jour une question qui s'était posée déjà ailleurs, et notamment à Lalouvesc. La pauvreté religieuse dans l'Ordre de saint Ignace s'entend à la rigueur. De par son Institut le Jésuite n'a droit à aucune rétribution pécuniaire pour les ministères qu'il exerce; il ne peut recevoir qu'à titre d'aumône ce qui lui est bénévolement offert. La prescription de la règle s'étend aux honoraires de messes comme à tout autre. Or dans les pèlerinages, les fidèles, qui versent des offrandes pour des messes au tarif accoutumé, désirent que ces messes soient célébrées au lieu même du pèlerinage ; ce désir est légitime et l'on en doit tenir compte. De là, pour les Jésuites desservant le sanctuaire de Notre- Dame de l'Ermitage, conflit entre leur règle et les obligations de leur charge. C'est pourquoi ils s'adressèrent au Pape, suprême gardien des Constitutions religieuses, pour en obtenir dispense à l'effet de pouvoir accepter « les honoraires offerts avec l'intention que les messes fussent célébrées à l'autel où est honorée l'image miracu-

leuse de la Bienheureuse Vierge Marie. » Au bas de la supplique Pie IX a écrit de sa main: « Nous accordons volontiers, pour le cas en question, la dispense sollicitée '. »

En même temps qu'à Lons-le-Saunier les Jésuites se voyaient appelés à Dijon, et c'est encore le Père Bon qui négocia et conclut l'affaire de leur établissement. Une personne charitable, Mlle Mairot, offrait sa maison et une somme d'argent sous l'unique condition que les Pères donneraient gratuitement chaque année la Mission dans quelques paroisses pauvres. L'évêque, Mgr Rivet, s'estimait heureux de recevoir les Jésuites dans son diocèse. Pour ménager les susceptibilités, qui étaient nombreuses, on désirait que l'installation se fit sans empressement et sans bruit. Ou attendrait, s'il le fallait, quelques années avant de constituer une communauté en règle, et jusquelà les Pères travailleraient en faisant parler d'eux le moins possible. Aucun plan n'entrait mieux dans leurs vues.

Le 30 octobre 1852, le Père Général donnait son approbation: « Si vous avez, écrivait-il au Père Bon, deux ou trois Pères tels que Monseigneur les demande, vous pouvez accepter. » Au mois d'avril suivant, le Père Joseph Gloriot était envoyé à Dijon; on peut le regarder comme le fondateur de cette résidence, dont les débuts furent marqués par des contradictions sérieuses. On devait s'y attendre dans une ville où l'esprit public était tout imprégné des traditions parlementaires et jansénistes ; le clergé lui-même n'en était pas indemne : « Nous nous trouvons, écrivait le Père Gloriot, sur le terrain peut-être le plus difficile qu'il y ait en France. » (25 Janvier 1854.) Peu à peu cependant les difficultés s'aplanirent, nombre de familles chrétiennes renoncèrent à des préventions transmises par héritage ; les Jésuites furent accueillis dans un milieu qui les repoussait tout d'abord; avant la fin de Tannée 1855 un immeuble dit le Petit-Citeaux, très

i. Petitam dispensalionem bénigne concedimus in casu de quo agitur.

Page 1