CHAPITRE IX
convenable pour une communauté religieuse, était mis en adjudication; ils saisirent l'occasion pour s'installer de façon qu'ils pouvaient croire définitive.
Vers 1850, la Province de Lyon, à la veille du partage, s'était arrondie d'un beau territoire sur lequel la Compagnie n'avait pas alors d'établissement, mais qui lui était précieux par ses souvenirs et par les recrues qu'il lui fournissait. La Savoie n'était pas encore rattachée à la France; mais elle n'en était pas moins une région toute française. De la Province de Turin à laquelle elle appartenait, elle était séparée plus encore par la langue et par les mœurs que par le mur des Alpes. Pendant vingt-cinq ans les collèges de Chambéry et de Mélan avaient eu un personnel de professeurs en grande majorité français. Dans l'ancienne Compagnie, la Savoie faisait partie de la Province de Lyon, et seules les considérations politiques avaient empêché de rétablir cet état de choses. Mais cet obstacle semblait maintenant s'atténuer, sinon disparaître complètement. En 1849, le Père Pellico se trouvait à Dôle avec les théologiens de sa Province, expulsés parla révolution italienne. Lui-même souhaitait fort la séparation de la Savoie d'avec le Piémont. Il en conféra avec le Père Rozaven, lequel entra pleinement dans ses vues : « Il est à désirer, écrivait-il au Père Roothaan, pour l'avantage des deux pays, que le Provincial de Lyon étende son action jusqu'en Savoie... Puisque vous m'y autorisez, je vais remettre l'affaire sur le tapis, et j'inviterai le Père Pellico à venir à Lyon, où nous pourrons en causer à l'aise avec le Père Maillard... » (18 Septembre 1849.) L'entrevue eut lieu, et il parait bien que les deux Provinciaux de la Compagnie de Jésus tombèrent d'accord sur cette annexion, qui précéda de dix ans celle qui devait faire entrer la Savoie dans l'unité française. Quelques mois plus tard, en effet, le Père Maillard écrit au Père Général : <> Mgr l'archevêque de Chambéry désire nous confier les Missions de son diocèse; il nous offre en conséquence une
petite résidence où quelques-uns de nos Pères rendraient de véritables services... C'était le désir du Père Pellico que nou3 puissions rentrer doucement dans cette bonne province de Savoie. Voilà une première porte qui se rouvre. » (5 Mai 1850.)
Gomment le projet fut réalisé, on le verra dans la lettre suivante, écrite par le Père Jean-François Bougeon, premier Supérieur du nouvel établissement des Jésuites en Savoie:
« Notre existence en ce pays, nous la devons uniquement à la bienveillance de l'excellent archevêque de Chambéry, Mgr Billiet. En 1848, lors de notre expulsion des Etats Sardes, Sa Grandeur forma le projet de nous réunir un certain nombre pour nous confier les Missions de son diocèse. En attendant le moment opportun, je restai, avec l'approbation de mes Supérieurs, dans ce diocèse, bien que j'appartienne à celui d'Annecy, exerçant les fonctions de vicaire et prêchant quelques Missions et retraites. En
1850, je me rendis dans ce lieu de notre résidence, où je fus bientôt rejoint par l'un des Nôtres que le R. P. Maillard me donna pour compagnon. L'année suivante,
1851, nous fûmes trois, et cette année nous voilà quatre1. Notre habitation est une maison absolument isolée, à deux kilomètres de Chambéry, au milieu d'un parc, sur les pentes de la montagne au pied de laquelle s'étend la ville. On y jouit d'un beau coup d'œil et d'un très bon air. Mais ce qui surtout nous en rend le séjour agréable, c'est que c'est la maison de campagne de nos anciens Pères de Chambéry avant la suppression. Après la Révolution française, elle fut achetée par l'administration diocésaine qui la fit agrandir des trois quarts et y établit un Petit Séminaire, lequel après avoir prospéré quelque temps fut fermé en 1847. C'est dans ce vaste local que Monseigneur a voulu nous installer, à côté d'un petit établissement de sourds-muets dirigé par les Frères des Ecoles chrétiennes.
i. PP. Bougeon, Joseph Delévaud, Géroudet, Pierre Molin.