CHAPITRE IX
première vue. Ces motifs étaient de deux sortes. Tout d'abord avantage pour l'administration et le contrôle du Provincial à avoir sous la main le scolasticat, pépinière de la Province; avantage pour les maîtres et pour les étudiants à habiter un grand centre où les ressources intellectuelles sont plus abondantes et où l'émulation est stimulée par le voisinage d'autres établissements similaires. Mais de plus la Compagnie de Jésus est vouée à l'apostolat; elle ne peut oublier sa devise : Pour la plus grande gloire de Dieu. Une maison de sciences sacrées comme son scolasticat doit avoir un rayonnement, rayonnement éteint par la force des choses dans une ville écartée et d'importance secondaire : « La réunion d'un certain nombre de professeurs capables, écrivait le Père Gaulrelet, les exercices publics, les séances que l'on pourrait donner, les relations qui s'établiraient avec des hommes de science entretiendraient un courant d'ardeur à l'étude... Il est même à croire que le scolasticat et les doctrines qu'on y enseignerait exerceraient une salutaire influence sur le Grand Séminaire, et par suite sur les idées plus ou moins gallicanes du diocèse. » (28 Mars 1858.)
On entrevoit ici l'explication de ce goût pour les grands centres que certain dicton attribue à Ignace de Loyola et à sa Société, à l'inverse des Ordres monastiques qui recherchent les solitudes'. On ne place pas, dit l'Evangile, un flambeau allumé sous un boisseau, mais bien sur un chandelier pour qu'il éclaire ceux qui habitent la maison. Le scolasticat de Théologie de la Province de Lyon vint donc, à l'automne de 1828, s'abriter à l'ombre du clocher de Fourvière, et il y demeura jusqu'en 1870.
Son départ laissait vacants les vastes locaux qu'il occupait dans l'antique collège d'Aix. Une petite résidence n'en avait que faire. Du reste, les bienfaiteurs à qui on en devait l'acquisition avaient stipulé qu'on y établirait
Bernardus i-alles, montes Benedicius amabat, Compïta Francisons, magnas Ignatius urbbs.
une communauté nombreuse. En même temps qu'il enlevait les théologiens, le Père Gautrelet avait donc résolu de les remplacer par les novices d'Avignon, et du même coup la résidence de cette ville était réunie au collège Saint-Joseph. Toutes ces mesures furent d'abord approuvées par les autorités romaines. Mais quand le projet lut connu en Avignon, il y souleva une petite tempête. Le Père Général fut assailli de protestations parfois fort vives. La collection de ces lettres prouverait du moins que la population avignonnaise n'était pas indifférente à la présence des Jésuites au milieu d'elle. Certain Mémoire, rédigé par un publiciste ardent, M. Augustin Canron, reprenant de haut leur établissement dans la cité des Papes, montrait que, dès l'origine, la Compagnie de Jésus y avait eu simultanément collège et noviciat distincts, et il s'efforçait d'ailleurs de prouver qu'elle ne pouvait, sans blesser la justice, supprimer aucune des maisons actuellement existantes. Le Père Gautrelet dut répondre à ces prétentions ; il le fit sans beaucoup de peine. Il dut renoncer toutefois à fondre la résidence avec le collège.
Quant au noviciat, le Père Beckx écrivait le 20 novembre 1858 : « Si, lorsque la translation a été proposée, j'avais connu le véritable état des choses comme je le connais maintenant, je n'aurais pas pu y consentir. » Du reste au bout de deux ans les novices delà Province de Rome expulsés d'Italie prenaient la place laissée vide par leurs frères de France ; le Père Général écrivait au Père Bouffier: «L'accueil que vous leur avez fait est digne d'un Supérieur animé du véritable esprit de la Compagnie. » (3 Décembre 1860.) A cette même date la maison s'enrichissait d'une gracieuse église, œuvre d'un architecte de talent, l'abbé Pougnet, du clergé de Marseille. La résidence jetait, si l'on peut dire, de nouvelles racines dans le sol avignonnais. Quatre ans plus tard, la percée de l'avenue de la Gare ayant fait disparaître cette église, l'abbé Pougnet en construisit une autre. Comme on avait à cette occasion remis en question le maintien de la résidence,