CHAPITRE IX
le Père Beckx déclara qu'il ne permettrait jamais de la supprimer.
Sans doute la vénérable cité des Papes avait des droits à la reconnaissance et aux services des Jésuites ; il y avait entre elle et la famille de saint Ignace une sorte d'alliance qui datait de loin ; les générations nouvelles l'avaient gardée depuis trente ans avec la même fidélité que les ancêtres ; elles venaient de donner une preuve de plus de leur attachement pour la Compagnie de Jésus par la vivacité même de leurs réclamations contre le départ du noviciat et la fusion de la résidence avec le collège. Le Provincial toutefois n'avait pas formé ce double dessein à la légère. Envisageant dune vue d'ensemble les besoins de sa Province, il estimait que c'était trop de deux maisons dans une ville de population relativement restreinte, alors surtout que le personnel manquait ailleurs, où il y avait un champ plus vaste à cultiver.
Tel était bien le cas en particulier pour Marseille ; la grande cité maritime entrait alors dans cette voie d'extraordinaire prospérité qui en a fait la seconde ville de France. Nous avons vu déjà combien la Compagnie de Jésus y avait été active dès les premières années de son établissement. Sur la promesse du Père Roothaan, qui avait été leur hôte pendant son exil, les catholiques marseillais comptaient avoir le premier collège ouvert en France par les Jésuites ; on sait comment leur espoir fut déçu '; nous aurons à y revenir. En attendant, il y avait à la résidence une vie exubérante : « C'est toujours, écrivait le Père de Jocas après la visite canonique, la résidence des œuvres, celle où le travail surabonde... » (24 Octobre 1853.) Le Père Léopold Pitron en était, à cette date, redevenu le Supérieur. Au moment de la création de la Province de
i. Voir ci-dessus. Ch. VIII, p. 4^3.
Toulouse, le Père Maillard l'avait demandé pour Bordeaux, et il s'y était rendu en effet. Mais sur les instances du Père Bon, qui déclarait « sa présence indispensable à Marseille », il y l'ut rappelé : « C'est lui, disait encore le Père de Jocas, le créateur de celte maison ; il en a été l'âme, même quand il eut cessé d'y être Supérieur. »
Entre toutes les œuvres qui fleurirent sous sonadministration nous devons citer le Cercle religieux. Nous en avons dit la naissance et le progrès jusqu'à l'arrivée du Père Nicolas Tissier, à l'automne de 1845. Sous l'impulsion de cet ouvrier inconfusible, le Cercle prit bientôt un essor qui tient du prodige ; c'est dans la période de 1850 à 1870 qu'il atteignit son apogée. Voici l'exposé, singulièrement éloquent dans son laconisme, que le directeur adressait au Père Général le 8 janvier 1857. L'œuvre dans son ensemble, comprend : « 1° Le Cercle religieux proprement dit, lequel compte cinq cent cinquante hommes de la société, ayant bonne éducation, une position honorable, desprincipes religieux etla pratique ordinaire des devoirs du chrétien. — 2° Le Cercle catholique qui groupe deux cents ouvriers chefs, hommes de dévouement. — 3° La Conférence de Saint-Joseph, composée^d'un millier d'hommes, ouvriers honnêtes, qui se réunissent tous les dimanches soir, avec un empressement et un ordre admirables, et dont le nombre s'accroît de soixante environ tous les mois. (De fait, sur la fin de novembre 1859, une lettre du Père Gautrelet Provincial porte le chiffre des membres à trois mille.) — 4° Trois ou quatre cents commis, ne pouvant être admis au Cercle religieux, attendent la fondation d'un Cercle spécial pour leur corporation. — 5° En outre cent cinquante personnes du plus haut rang dans la ville, entre autres les principales autorités, patronnent l'œuvre et paient la cotisation annuelle.»
On conçoit qu'une telle organisation entre les mains des Jésuites devait provoquer de l'inquiétude dans les régions du Pouvoir. Nous en trouvons l'écho dans une lettre adressée de Paris au Père de Jocas, le 17 janvier 1854. On se