CHAPITRE IX
qui prépareraient la fondation d'une communauté de langue allemande, laquelle resterait sous la dépendance du Supérieur d'une des maisons de Paris. Le Père Roothaan ayant donné son approbation, on alla de l'avant sans plus tarder.
Le premier Supérieur de la résidence allemande de Paris, celui que l'on en peut considérer comme le fondateur, fut le Père Jean Chable. Alsacien d'origine il était vicaire à Guebwiler, quand il se donna à la Compagnie de Jésus en 1828. A Metz d'abord, puisa Strasbourg il se consacra à l'apostolat des émigrés d'outre-Rhin catholiques et protestants. En 1843 il dirigeait à Issenheim les jeunes Pères qui se préparaient pour le ministère des Missions dans le Grand-Duché de Bade et autres régions de langue allemande. Appelé enfin à Paris, il se dévoua tout entier à la grande œuvre dont il semble bien avoir eu l'initiative. C'est lui, en effet, qui, en 1850, dépeignait dans deux lettres au Père Général « l'état pitoyable » des Allemands dans la capitale de la France, le suppliant d'aviser aux moyens d'y porter remède. Choisi lui-même pour cette fonction toute de dévouement et de charité apostolique, le Père Chable y persévéra jusqu'à sa mort arrivée prématurément le 11 avril 1859. Il n'eut pas la consolation de voir s'élever l'église, dont la construction fut entreprise seulement en 1865, mais du moins les missionnaires étaient installés dans une maison suffisamment vaste, qu'ils avaient bâtie et qui leur appartenait.
En effet, dès le mois de février 1855, le Père Studer pouvait écrire : « Une société de dames patronnesses, distinguées par leur positionneur fortune et leur piété, vient de s'établir en faveur de l'œuvre des Allemands. Elles demandent que nous construisions une résidence pour nos Pères qui n'en ont pas. » Comme elles offraient immédiatement un fort subside et s'engageaient à amortir par annuités les dépenses de la bâtisse, on mit la main à l'œuvre, et l'année suivante les Pères prenaient possession de leur demeure. (1856.) Bien d'autres concours leur
vinrent soit de France soit des Etals allemands. Le Père Chable y était allé dès le début faire une tournée de quêteur. L'empereur d'Autriche fut un des premiers à répondre à son appel. Ayant appris qu'il y avait enfin à Paris une chapelle allemande catholique, il en fit exprimer sa satisfaction à l'archevêque; il ne s'en tint pas là et fit inscrire à l'ambassade une subvention annuelle pour l'œuvre. L'exemple du souverain lui valut des sympathies efficaces et durables. Le Père Beckx écrivait à ce propos : « La fondation de l'association de Saint-Joseph établie en Allemagne en faveur de votre Mission semble en assurer l'avenir. »
Il n'y eut tout d'abord qu'un lieu de réunion assez misérable, un hangar décoré du nom de chapelle, mais où l'espace manquait tout aussi bien que le confortable. Le pauvre Supérieur gémissait de voir « des milliers de personnes manquer la messe faute de place ». (16 Janvier 1856.) Dès 1853, il aurait voulu pour l'agrandir la flanquer d'une nef de part et d'autre. C'était s'installer définitivement dans le provisoire; le projet n'eut pas de suite. En attendant la future église que tous appelaient de leurs vœux, les missionnaires travaillaient avec un dévouement qui arrachait des larmes de joie à leur Supérieur : « Ils avaient préparé au devoir pascal, écrivait le successeur du Père Chable, plus de six mille personnes, et ce chiffre aurait pu être aisément doublé, si les confesseurs eussent été en nombre suffisant. » (5 Mars 1857.) De fait à la veille de la guerre de 1870, les huit Pères de la résidence de Saint-Joseph avaient entendu neuf mille six cents confessions au temps pascal. Bien avant cette date la Mission avait pris tout son développement: « Les différentes œuvres qui la constituent, écrit le Supérieur, le Père Auguste Modeste, sont en pleine voie de prospérité, nos écoles surtout où près de cinq cents enfants pauvres reçoivent gratuitement l'instruction. La divine Providence m'a envoyé quelques nouveaux secours, si bien que, en ce moment, les dépenses annuelles pour l'entretien de