‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 282 sur 324 · CHA.P1TRE IX · texte numérisé non relu

CHA.P1TRE IX

l'Europe chercher en France un refuge; le Général de la Compagnie lui-même l'avait pendant deux ans parcourue en exilé; après la crise de 1848 s'était ouverte enfin une ère de liberté; au Provincial de Paris, elle apportait un surcroît de responsabilités et d'embarras. Parmi ce (lot de requêtes pour des fondations de collèges qui arrivaient de toutes parts, il lui fallait discerner celles qui méritaient considération et finalement arrêter son choix. On a vu qu'il ne le fit pas sans quelque lenteur et, l'on dirait volontiers sans quelque timidité, surtout si l'on se rappelle les rapides et nombreuses acceptations de son collègue du Midi. Au jugement de certains de ses confrères, le Père Ambroise Rubillon était un homme de grande intelligence et de haute vertu, mais chez qui la modestie, la bonté d'àme, la crainte de faire de la peine rendaient la volonté hésitante et indécise. Après avoir lumineusement débrouillé le pour et le contre d'une détermination, il s'arrêtait au moment de la prendre. Par ses qualités d'esprit il semblait plus propre à éclairer le gouvernement qu'à l'exercer lui-même. C'est cette fonction qui lui fut dévolue quelques semaines plus tard. L'Assistant de France, le Père Rozaven venait de mourir le 2 Avril 1851. Le 30 du même mois, le Père Rubillon était appelé à le remplacer. Attaché par sa fonction à la personne du Père Général, il y resta vingtsix ans, jusqu'à la mort du Père Beckx. Parvenu alors luimême à l'extrême vieillesse, il rentra à Paris et mourut l'année suivante à la maison de la rue de Sèvres, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. (10 Décembre 1888.)

Le Père Rubillon eut pour successeur à Paris le Père Frédéric Studer, Recteur depuis cinq ans du scolasticat de Laval. Nommé le 9 mars 1851, il allait lui aussi gouverner la Province pendant six ans, après quoi il exercerait la même charge à Toulouse, pour revenir ensuite à cette maison de Saint-Michel de Laval pour laquelle il fut véritablement le Supérieur providentiel. On a vu déjà qu'il était homme d'initiative et avait la décision énergique et prompte. Son administration marque dans l'histoire de

la Province une période féconde. Outre les quatre collèges de Vaugirard, de Metz, de Poitiers et de la rue des Postes, elle vit s'ouvrir trois résidences nouvelles appelées à devenir des maisons importantes.

Celle qui la première fixa l'attention du Provincial fut Saint-Joseph des Allemands à Paris. Il n'y avait pas alors entre nous et nos voisins de l'Est l'abîme sanglant creusé par deux guerres effroyables. L'Allemagne besogneuse nous envoyait en ce temps-là des armées de pauvres hères qui venaient chercher dans nos grandes villes du travail et du pain. La détresse religieuse chez ces déracinés était pire que celle qui les forçait à s'expatrier. À Lyon, aussi bien qu'à Metz et à Nancy, le zèle et la charité catholique s'ingéniaient pour y pourvoir; l'œuvre des Allemands, la mission Allemande figuraient parmi les ministères des résidences de la Compagnie de Jésus. A Paris, si l'on en croit certains documents, la colonie rassemblée de tous les pays de langue allemande ne comprenait pas moins de quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille personnes1 ; au point de vue moral et religieux, sa situation était plus misérable encore que partout ailleurs.

Aussi à peine installé depuis quelques jours, le nouveau Provincial mandait à ce sujet au Père Roothaan : « Ce que l'on vous a dit de l'état pitoyable des Allemands domiciliés à Paris est très vrai. Il importe donc de venir au secours de ces âmes abandonnées, et ce secours ne peut être efficacement donné que par la Compagnie. Nous avons pour cette œuvre dans la Province assez de Pères parlant l'allemand, et si plus tard il fallait recourir à une autre Province, je suis sûr qu'elle ne nous refuserait pas un ou deux ouvriers. » (3 Mai 1851.) Le Père Studer exposait son plan pour l'organisation de l'œuvre. Acheter un terrain dans le quartier où la colonie allemande est plus nombreuse, y installer quelques Pères

i. « Le recensement de i8^9 accuse la présence à Paris de 80. ooç) sujets allemands. » (Archiv. Prov. Franc. Vol. 44- 3. Ce chiffre parait fort exagéré.)

Page 1