‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 287 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Quelle était en 1850 la situation des Jésuites à Paris? La maison du Roule, dernière survivante de celles qui avaient surgi en 1845, venait d'être supprimée ; celle de la rue des Postes, berceau de la nouvelle Compagnie de Jésus en France, n'avait plus qu'une existence incertaine; on songeait à l'abandonner; le centre d'action était désormais à la rue de Sèvres; là résidait le Provincial et la plupart des ouvriers occupés au saint ministère. Et cependant on ne savait encore si ce domicile était définitif. Au commencement de 1853, il est question de vendre l'un et l'autre immeuble et d'acheter l'Abbaye-aux-Bois. En attendant, les Pères n'avaient pas de chapelle publique et l'ancienne institution du mage Allan Kardec leur offrait un logement assez précaire. Leur travail n'y était pas pour cela moins intense, ni moins fructueux. Chaque année, ils donnaient dans la capitale huit, dix et jusqu'à douze stations de Carême. Dans sa correspondance avec Rome, le Père de Ravignan, qui en était le Supérieur depuis 1848, fournit sur quelques-uns de ses subordonnés des précisions intéressantes : « La confession des hommes me parait être la grande œuvre de notre maison. Les samedis, les veilles de fêtes et d'autres jours encore, quatre Pères s'emploient exclusivement à recevoir les hommes dans leurs chambres et la maison ne désemplit pas. » (2 Janvier 1850.) Et un autre jour : « Le Père Millériot est le plus occupé et le plus constamment, avec les pauvres. Après lui vient le Père Lefebvre qui prêche très souvent et confesse beaucoup de jeunes gens et d'hommes. Le ministère du Père de Ponlevoy est encore peu étendu ; mais ce Père, ange de la maison, est aimé, vénéré et doit faire à la longue le plus grand bien ici. » (6 Juillet 1849.) Puis, un an plus tard : « Le Père de Ponlevoy et le Père Millériot, chacun son genre, sont pour Paris et pour notre petite maison une source de bénédictions et de

grâces. » (1er Octobre 1850.) Et l'année suivante : « Le Père de Ponlevoy confesse environ trois cents jeunes gens. S'il s'absente, beaucoup péricliteront, et la maison manquera certainement du confesseur qui inspire le plus de confiance et d'attrait aux jeunes gens et aux familles chrétiennes et distinguées. » (12 Mai 1851.)

Quatre mois après, le Père de Ravignan était à bout de forces; il n'échappa à la mort que par une sorte de miracle ; mais il fallut mettre sur d'autres épaules le fardeau de la supériorité ; on nomma à sa place ce Père de Ponlevoy dont il avait fait un si touchant éloge. On peut voir d'ailleurs dans la Vie de ces deux éminents religieux quelle amitié les unissait, amitié qui rappelle celle de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze * .

Les six années qu'il vécut encore ne furent pas pour le Père de Ravignan un temps de repos. Tout d'abord il consacra les loisirs de sa convalescence à cette apologie de Clément XIV qui lui coûta tout au moins le sacrifice de ses propres répugnances. En son for intérieur l'ancien magistrat estimait la cause difficile à défendre: mais devant le désir de son Général, le religieux ne sut qu'obéir. Le Père Roothaan étant mort pendant la composition de l'ouvrage, le Père de Ravignan prit part à l'élection de son successeur comme député de la Province de Paris. De retour à la rue de Sèvres, il se dépensa dans un ministère que la confiance universelle dont il était entouré rendait de jour en jour plus absorbant. Sa réputation de sainteté jointe au prestige de sa personne attirait à lui une multitude d'âmes éprises de perfection ou simplement en quête de la vérité religieuse. Gomme au temps des conférences de Xotre-Dame, et plus encore peut-être, le Père de Ravignan fut pendant cette période l'instrument providentiel du retour à Dieu d'hommes considérables par la science, la position sociale ou les services rendus. La prédication

i. Vie du P. de Ravignan, par le P. de Ponlevoy, Cliap. XXIX. Vie du P. de Ponlevoy, par le P. de Gabriac, Cliap. III.

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