‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 289 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« Un caractère tout particulier de ce livre, c'est que, à son insu, le candide et pieux biographe, en ne croyant peindre que L'âme du saint, nous montre la sienne comme dans un miroir. »

Lorsque le Père de Ravignan avait été contraint par la maladie de renoncer aux Conférences de Notre-Dame, il avait eu pour successeur l'abbé Plantier, alors chanoine de Belley. Le futur évêque de Nîmes donna les deux stations de 1846 et de 1847. Puis Lacordaire reparut, quatre années de suite, dans cette chaire où il renouvela ses triomphes d'antan. Le coup d'Etat de décembre 1851 l'en écarta définitivement, et après un an d'interruption MgrSibour dut se résigner à chercher un autre titulaire. Son choix s'arrêta sur un humble Jésuite, le Père Joseph Félix.

Celui qui était ainsi appelé à recueillir la portion la plus brillante, et aussi la plus lourde, de l'héritage du Père de Ravignan avait alors quarante-deux ans. Entré au noviciat en 1837, il n'avait pas encore fait ses derniers vœux. Au cours de sa troisième probation à Notre-Dame d'Ay, il avait écrit au Père Rubillon, son Provincial, une lettre où se révèle une âme toute de franchise, de candeur et de générosité. Sans prétention aucune, sans nul souci de son intérêt ni de ses goûts personnels, il s'abandonne à la disposition de son Supérieur pour être employé comme bon lui semblera.

Le Père Rubillon n'avait pas à hésiter; les essais antérieurs du Père Félix lui marquaient sa voie. Appelé à la rue de Sèvres, il prêcha en différentes églises de Paris et se fit bientôt la réputation d'orateur de marque, à la parole châtiée, d'une correction classique et d'une dialectique puissante. Prenant possession de la chaire de Notre-Dame alors que l'illustre Dominicain venait d'en descendre, le Jésuite semblait voué d'avance à un échec certain ; il n'avait point l'éloquence spontanée et prestigieuse de son prédécesseur; son organe même, son costume, tout son extérieur le servaient mal ; il ne s'en imposa pas moins tout

d'abord à l'attention publique « et la retint pendant de longues années uniquement par la netteté lumineuse de sa doctrine et l'austère conviction de sa foi ' ». Trois archevêques le maintinrent successivement à ce poste dilïicile, et en 1867, le Père de Ponlevoy pouvait écrire : « Monseigneur redemande expressément le Père Félix pour la seizième fois, et il a voulu que cette demande fût proclamée à Notre-Dame le jour même de Pâques. » (25 Août.)

Le Père de Ponlevoy resta treize ans Supérieur de la résidence de Paris ; il ne quitta la charge de cette maison que pour prendre en 1864 celle de toute la Province. La durée exceptionnelle de ce gouvernement suffirait à sa louange; un Supérieur de Jésuites qui donnerait des sujets de plaintes ne serait pas maintenu la moitié de ce temps. A d'autres titres encore le Père de Ponlevoy mérite une place d'honneur dans l'histoire de la résidence de la rue de Sèvres. C'est à lui qu'elle doit son installation définitive. Les grandes entreprises n'effrayaient pas ce religieux si modeste en sa personne. Moins d'un an après sa nomination, il proposait au Père Général ses plans pour la construction de ce qu'il appelait le Gesà de Paris, c'est-à-dire d'une église et d'une maison professe de la Compagnie de Jésus. Sa hardiesse, il est vrai, s'autorisait du consentement, ou même de l'ordre de son Provincial. Toutefois, comme les ressources n'étaient nullement assurées, il ne lui fallut rien moins pour aller de l'avant que son intrépide confiance dans l'aide des Puissances célestes : « Moi, dit-il. dans la formule d'un vœu à saint Joseph, je ne calcule rien, parce que je n'ai rien ; mais rejetant tout soin sur vous, et sans douter de votre fidélité, je mets la main à l'œuvre sous vos auspices. »

De fait, les travaux commencés le 17 octobre 1855 se poursuivirent les années suivantes sans hâte excessive, mais aussi sans interruption. Deux vastes corps de logis,

i. Pierre de la Gorce, Histoire du Second Empire. T. II, p. 173.

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