CHAPITRE II
commissaires. Toussaint-Bravard au Puy. Emmanuel Arago à Lyon. La Boissière à Avignon. Dispersion momentanée. En Belgique. « Le vœu de Brugelette ». Dans les Etats sardes. Dissolution des collèges de Chambéry et de Mélan. La Révolution à Rome. Les Jésuites menacés. Le Père Roothaan part pour un exil de deux ans.
Quand Jésus, arraché à son sommeil par les apôtres épouvantés, debout sur la barque prête à être englqutie, imposa silence aux vents et aux flots, soudain, dit l'Evangile, « il se fit un grand calme ». Cette soudaineté constituait un miracle ajouté à celui de l'obéissance des éléments déchaînés. La violence des orages ne tombe pas en effet tout d'un coup; ils ne s'apaisent, dirait-on, qu'à regret ; quand le tonnerre a cessé d'éclater avec fracas, on entend encore pendant quelque temps des grondements qui vont s'espaçant de plus en plus et finissent par s'éteindre dans le lointain.
Ainsi en fut-il après la longue tempête qui s'était abattue sur la Compagnie de Jésus en France à partir de 1843 et qui, dans l'été de 1845, avait paru devoir l'anéantir. Pendant des mois, et à vrai dire, jusqu'à la fin du régime de Juillet, elle allait vivre toujours en alerte, sous la menace de retours offensifs presque périodiques. Nous avons dit comment les Jésuites avaient accepté les sacrifices qu'on leur imposait pour le bien de la paix. Dès le mois de septembre tout ce qui avait été réellement consenti à Rome était loyalement exécuté. Mais nous savons que le Gouvernement attendait davantage. L'ordre du jour voté le 3 mai et rappelé le il juin à la Chambre des Députés le sommait d'appliquer les lois existantes. M. Guizot avait fait publier au Moniteur la Note du 5 juillet; il l'avait lue et commentée, le 15, à la Chambre des Pairs. Il s'était porté garant devant le pays de l'entière dissolution de la Congrégation des Jésuites, obtenue du Pape, affirmait-il, et que les Jésuites eux-mêmes devaient
effectuer, sans qu'il fût besoin de recourir au bras séculier. Mais les Jésuites, instruits maintenant de la vérité sur l'issue delà négociation romaine, n'étaient pas disposés à se prêter au jeu du trop habile ministre. Ils s'en tenaient aux instructions de leur Général, bien résolus à ne céder qu'à la force, si le Gouvernement prétendait exiger plus qu'il n'avait été convenu. De son côté M. Guizot n'était pas moins résolu à éviter les mesures violentes ; c'eût été s'infliger à soi-même un désaveu et perdre tout \e bénéfice de sa diplomatie. Il ne lui restait pour sortir de cette impasse qu'à user de l'intimidation au dedans, en même temps que l'on continuait à Rome de presser la Curie pontificale pour en obtenir de nouvelles complaisances. Les deux moyens furent mis en œuvre à la fois. Préfets et procureurs furent, comme on l'a vu, invités à avoir l'œil sur les maisons des Jésuites et à renseigner les ministres sur la façon dont la Note du Moniteur y était exécutée. Plusieurs de ces hauts fonctionnaires, ne pouvant se contenter de ce rôle d'informateurs, s'employèrent de leur mieux à assurer l'exécution ellemême. Enquêtes, visites domiciliaires, dénonciations dans les journaux, démarches auprès des évêques ou des Supérieurs, menaces surtout, rien ne fut négligé.
Chose plus remarquable, le roi lui-même payait de sa personne pour tirer ses ministres d'embarras en amenant les Jésuites à se suicider de bonne grâce. Dans une lettre au Père Général, le Père Guidée raconte une scène qui venait d'avoir lieu à l'occasion d'une réception à la cour. Louis-Philippe avait pris à part Mgr Affre et lui avait demandé de prendre contre les Jésuites telles mesures qui les obligeraient à se dissoudre. L'archevêque s'excusa de pousser la rigueur plus loin que le Gouvernement lui-même. Le roi finit par s'emporter et déclarer que, puisqu'on l'y obligeait, les Jésuites seraient expulsés. « Je ne sais, continue le Père Guidée, si je me fais illusion ; mais il me semble que Louis-Philippe affecte plus d'irritation qu'il n'en éprouve réellement. Il