‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 34 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

plutôt fâcheuse : « Je crains, dit M. Lherbette, que derrière cette Ordonnance, qui est bonne, il n'y ait des résultats funestes. Je crains que le ministère, affranchi de la surveillance du Conseil royal, n'étant plus réduit au simple veto, étant investi d'un pouvoir discrétionnaire, presque illimité, n'en profite pour autoriser l'établissement de maisons d'instruction contraires à l'esprit du siècle, pour ouvrir à deux battants aux Jésuites l'entrée de l'enseignement, à des corporations contre lesquelles la Chambre s'est énergiquement prononcée l'an dernier. »

C'était supposer chez les ministres une duplicité bien invraisemblable. On ne voit pas bien pourquoi le Gouvernement, appliqué depuis un an à se débarrasser des Jésuites, eût tenté en leur faveur une petite révolution dans l'Université. M. Thiers se mit un peu plus en frais pour introduire les Jésuites dans un débat où ils n'avaient que faire. D'aprèslui, l'ancien Conseil avait indisposé les pères de famille qui leur confiaient l'éducation de leurs enfants; leur ressentiment avait amené sa ruine. C'est qu'il avait eu le tort de déjouer les fraudes auxquelles donnaient lieu les « certificats d'études ». « Ces certificats, osa dire M. Thiers, sont la cause principale de la haine que le Conseil a excitée. Je ne m'en étonne pas... » Ici venait la tirade rééditée du rapport de l'année précédente contre Fribourg et Brugelette, « ces établissements mauvais, où l'on enseigne le mépris de nos lois et de notre Gouvernement..., où l'on ne forme pas de bons Français... » « Savezvous, poursuivait M. Thiers, par quel procédé on arrive à introduire ces jeunes gens dans les carrières libérales ? La loi respecte le père de famille, quoique malheureusement il ne soit pas toujours respectable; car il ment, et elle accepte toute déclaration émanée de lui pour bonne. Le père de famille déclare par un certificat que son fils a été élevé dans le sein de sa famille, lorsqu'il est notoire, dans la localité, qu'il vient de Brugelette ou de Fribourg. Voilà la question des certificats d'étude... »

C'est, paraît-il, au Conseil supérieur que les autorités

universitaires en appelaient contre ces déclarations, et c'est lui qui prononçait en dernier ressort. Chose singulière, après avoir dénoncé le mensonge de ces pères de famille, qu'il estimait peu « respectables », M. Thiers concluait qu'on devait ménager leur délicatesse, et c'est pourquoi il fallait maintenir le Conseil tel qu'il était : « Croyez-vous, quand il s'agit d'examiner si un père de famille a menti à la loi, qu'il soit bon de discuter cela devant trente membres, avec toute la publicité qui appartient à un Conseil de trente membres? Je dis que cela est impossible. »

Pour le dire en passant, M. Thiers touchait ici à une des conséquences les plus tristes de l'oppression que le Monopole universitaire faisait peser sur les consciences. Pour se présenter au baccalauréat, il fallait avoir suivi pendant les deux dernières années les cours d'un collège officiel ou d'un établissement dit de plein exercice. Il n'y avait de dispense que pour les jeunes gens élevés dans la maison paternelle. Beaucoup de pères de famille se voyaient donc réduits à l'alternative de sacrifier l'avenir de leurs fils ou de faire une déclaration matériellement fausse. On comprend que plusieurs s'arrêtassent à ce dernier parti, et il s'en trouva sans doute parmi ceux qui envoyaient leurs enfants à Fribourg ou à Brugelette. Il n'en pouvait être de cette déclaration comme de celle qui avait pour objet d'écarter de l'enseignement les membres des Congrégations non autorisées. Celle-là on savait qu'elle ne serait jamais éludée ; son efficacité était garantie par la délicatesse de conscience de ceux-là mêmes qu'elle frappait, et c'est précisément ce qui rendait la mesure plus odieuse. Mais des barrières de ce genre seront toujours impuissantes à l'égard des simples honnêtes gens, d'abord parce qu'ils ne se croient pas tenus de se soumettre à la tyrannie qui transforme en délit l'exercice de leurs droits, et ensuite parce que les faits dont il s'açit étant, comme le disait M. Thiers, de notoriété publique, la déclaration qu'ils font ne trompe

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