‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 43 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

heure de vogue; Clément de Laage, écrivain dont la modestie ne parvenait pas à dissimuler le mérite, etc. . .

Nous avons laissé la résidence de Paris installée rue du Regard1. Elle n'y était plus lorsque se déchaîna contre la Compagnie de Jésus la tempête que nous venons de raconter. En 1841 les Visitandines de la rue des Postes étant allées s'établir à Boulogne-sur-Mer, les Jésuites devinrent acquéreurs des immeubles qu'avait occupés le troisième monastère de la Visitation, c'est-à-dire l'hôtel de Juigné avec l'ancien couvent des Eudistes. « Il y a là, écrivait le Père Guidée, tout ce qu'il nous faut, une église, deux arpents et demi de terrain (9.000 mètres carrés environ), une maison grande et sans apparence...2 » (7 Août 1841.) Une sorte d'attraction irrésistible ramenait les Jésuites sur cette montagne Sainte-Geneviève qui, à plus juste titre encore que la colline de Montmartre, peut être appelée le berceau de leur Ordre. C'est là en effet que saint Ignace vécut ses sept années d'études après sa conversion, là qu'il choisit et forma ses premiers compagnons; le plus illustre d'entre eux, François Xavier y passa treize ans, d'abord étudiant, puis maître à son tour. Là se voyait encore le vieux Sainte-Barbe; la tour vénérable, dite de Saint-Ignace, avait disparu depuis peu. Tout auprès, le collège de Clermont, contemporain des débuts de la Société, subsistait encore dans l'état où il se trouvait

i. Cf. Tome II, p. 1^7.

2. On voit par cette même lettre du Provincial que les Jésuites avaient songé d'abord à l'ancien couvent des Carmes, que les religieuses carmélites qui l'occupaient depuis le commencement du siècle voulaient quitter pour se transporter ailleurs. Mais ils durent s'effacer devant Mgr Affre qui avait jeté son dévolu sur cette maison pour en faire un Institut ecclésiastique d'enseignement supérieur. L'affaire fut en effet conclue l'année suivante.

quand il reçut le nom de Louis-le-Grand qu'il porte toujours. Enfin, c'est là qu'en 1814 la Compagnie de Jésus avait eu en France son premier asile, là par conséquent qu'elle avaitpris une seconde naissance. Après uneabsence de vingt ans, elle y revenait, si l'on peut dire, comme on revient au pays natal.

Grâce aux attaques dont elle allait devenir l'objet, la maison de la rue des Postes eut bientôt une célébrité qui rappelait celle de Montrouge ; elle devait par la suite en acquérir une autre moins fantaisiste; mais, entre 1843 et 1845, elle apparaît dans l'imagination populaire comme le quartier général d'une armée redoutable, une sorte de citadelle mystérieuse où s'élaborent contre l'État et la société moderne les plus noirs complots.

Lorsque M. Guizot fit publier au Moniteur la fameuse Note du 5 Juillet 1845, la communauté se composait de trente-huit personnes, dont vingt-quatre prêtres et quatorze frères coadjuteurs. On pritle temps strictement nécessaire pour répartir en divers logements le plus grand nombre d'entre eux. Le 10 août il ne restait à la rue des Postes que sept Pères et cinq Frères dont la liste fut remise au Gouvernement, qui se déclara satisfait. L'hôtel de Juigné se trouvant assez vaste pour ce petit groupe de religieux, les autres bâtiments furent loués à un orphelinat. Cependant la maison n'avait pas été mise en interdit; les Jésuites recevaient leurs confrères de la ville et du dehors ; ils s'y trouvèrent quelquefois réunis au nombre de vingtcinq, trente et davantage ; l'église demeurait ouverte au public, et l'amuence n'y était guère moindre qu'auparavant. Si bien que, dès le 5 février 1846, le préfet de police crut devoir déposer une dénonciation en règle contre l'établissement illégalement reconstitué; à l'en croire il ne comptait pas moins d'habitants qu'avant la dispersion. Conformément à la ligne de conduite qu'il s'était tracée, M. Guizot chargea M. Rossi de se plaindre auprès du cardinal secrétaire d'Etat, lequel agirait auprès du Père Général. Mais, informé directement par le Supérieur de Paris, le

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