CHAPITRE II
Père Roothaan répondit que les Jésuites s'en tenaient à ce qui avait été convenu et que pour lui il ne leur prescrirait rien au delà.
A plusieurs reprises les mêmes conversations s'échangèrent entre le ministère des Affaires étrangères, l'ambassade de France, la curie pontificale et le Gesù, pour aboutir au même résultat. Décidément le système imaginé par M. Guizot était un labyrinthe sans issue. D'ailleurs au bout d'un an, la police, aussi bien que l'opinion publique, commençait à se désintéresser des Jésuites. Au mois de septembre 1846 le Provincial de Paris se réinstallait paisiblement à la rue des Postes, et l'année suivante, on y organisait plus en grand l'œuvre des retraites fermées qui n'y avait jamais été complètement interrompue. Dès lors la maison eut, sous le titre de Domus Exercitiorum , une existence distincte de celle de la résidence. Son premier Supérieur fut le Père François Renault. (8 Décembre 1847.) A cette date elle comptait un personnel de vingt religieux dont dix prêtres, parmi lesquels nous trouvons les Pères Charles Cahier et Arthur Martin, occupés à des études d'art et d'archéologie religieuse qui eussent ouvert les portes des Académies à d'autres qu'à des Jésuites. A côté d'eux figure au Catalogue, comme se préparant à la prédication, le jeune Père Joseph Félix, un nom appelé à prendre une assez belle place dans l'histoire de l'éloquence de la chaire au dixneuvième siècle. Le milieu convenait aux travaux de l'esprit comme au recueillement de l'âme. Cet état de choses dura sept ans, jusqu'au jour où la pieuse solitude, transformée et agrandie, devint l'Ecole préparatoire qui a sauvé de l'oubli le nom de la rue des Postes remplacé depuis longtemps sur les plaques municipales par celui de rue Lhomond.
Les Jésuites émigrés de la montagne Sainte-Geneviève plantèrent leurs tentes sur différents points de Paris. Les Lettres annuelles ne mentionnent pas moins de huit campements pour les douze mois qui suivirent la dispersion;
la plupart furent éphémères et les domiciles furent bientôt réduits à trois. Plusieurs Pères avaientt out d'abord trouvé un asile dans un local de la rue Notre-Dame-des- Champs, appartenant à une Congrégation religieuse; quelques-uns, avec le Supérieur, s'étaient installés au numéro 13 de la rue Monsieur, tout proche de la maison qui avait servi de résidence quelques années auparavant. Les uns et les autres durent déménager au bout d'un an. Un petit groupe était allé s'établir au quartier du Roule; grâce surtout à l'appui très généreux de l'abbé d'Aurouze, curé de la paroisse Saint-Philippe, il put se maintenir et bientôt même faire figure de résidence régulière. A partir de 1847 elle comptait cinq Pères aidés de trois Frères coadjuteurs; elle reçut alors son autonomie et eut pour Supérieur le Père Humphry. La communauté du Roule eut quatre années d'existence paisible, à cela près qu'elle dut changer trois fois de logement. Elle fut supprimée le 6 octobre 1849.
Comme nous l'avons dit en son temps, la résidence de Paris installée, à partir de 1822, aux numéros 33 et 35 de la rue de Sèvres y était demeurée jusqu'à la révolution de 1830 *. Abandonnée de ses habitants réduits à se cacher, la maison fut alors louée pour quatorze ans à un sieur Rivail, chef d'instituticn, lequel devait par la suite acquérir une certaine notoriété.
On peut voir au cimetière du Père-Lachaise un monument d'aspect plutôt bizarre ; une façon de dolmen composé de trois grandes pierres brutes qui en supportent une quatrième, le tout servant de piédestal à un buste de bronze. L'inscription vous apprend que cette figure représente Allan Kardec, Fondateur de la Philosophie spirite. C'est plutôt Religion qu'il aurait fallu dire. Suivent quelques apophtegmes, résumé sans doute de la doctrine du
l. « Par devant Me Chapellain, notaire, i3, rue de la Tissanderie, à Paris, vente par M. Nicolas Jourdain, à MM. Jennesseaux et Ronsin, le 6 septembre 182 1, des n05 33 et 35 de la rue de Sèvres, pour entrer en possession le Ier octobre 1821. » (Archiv. Prov. Franc. 2322.)