CHAPITRE III
du Cercle, tel qu'il l'envisageait dès lors et qu'il le réalisa en effet par la suite : « Avant tout, disait-il, je dois rappeler qu'à l'œuvre des Messieurs se rattache la fondation de la résidence de Marseille. » C'est, en effet, pour réveiller l'esprit religieux parmi les hommes de la bonne société et les associer pour le bien que Mgr l'évêque appela les Jésuites à Marseille... « Dès les premiers jours le Père Pitron, Supérieur, s'est appliqué constamment à remplir ces intentions. Ce sont ses innombrables tentatives, ses efforts incessants, puis sa bonté, sa condescendance, son dévouement qui triomphèrent de tous les obstacles et gagnèrent les cœurs. A son action se joignit celle des premiers directeurs... Le Père Yalantin comprit que, pour tenir groupés des hommes du monde, il fallait leur donner des œuvres de zèle à exercer. Le Père Barrelle, trop occupé par son ministère, ne put se mettre à leur disposition, comme il l'aurait fallu. Le Père Tissier, qui lui succéda, fut au contraire libre de se consacrer entièrement à la direction du Cercle et en particulier d'y être présent tous les soirs jusqu'à une heure avancée de la nuit. Cette présence est nécessaire, parce que c'est le seul moment où l'on puisse réunir les membres des sections ou du conseil d'administration. L'expérience a démontré l'impossibilité de faire ces réunions pendant la journée. » Dès lors le Cercle religieux comptait sept sections ; plus tard il y en eut neuf. Sections de zèle, de charité, de catéchismes, de littérature, de musique, etc. ; elles offraient à l'activité des associés des emplois en rapport avec la position, les goûts et les aptitudes de chacun. Le Cercle avait sa chapelle ; sans être obligatoire pour personne, la communion mensuelle y était de pratique presque générale; chaque année, pendant la seconde semaine après Pâques, une retraite y était donnée par un prédicateur en renom. Dans la salle des fêtes avait lieu chaque semaine tantôt une conférence, tantôt une séance littéraire ou musicale.
En 1850, le Cercle s'était établi dans une maison qui faisait face à la résidence; deux ans plus tard, il devint
propriétaire d'un autre immeuble voisin, plus vaste. C'est là que furent installés définitivement tous ses services ; on y déploya une certaine magnificence ; la chapelle était un bijou d'élégance et de richesse ; la grande salle fut décorée de peintures par un artiste de valeur; les principales compositions ont été gravées et réunies en un album luxueux. L'opulence marseillaise pouvait se permettre ce qui ailleurs eût été prodigalité et ostentation. Le budget de la charité était d'ailleurs abondamment pourvu au Cercle religieux. La présence du Père Roothaan, au moment où l'on allait enfin jouir de la liberté d'enseignement, y fit naître le projet d'un collège de la Compagnie à Marseille ; une première souscription ouverte parmi quelques membres du Cercle produisit 150.000 francs ; on s'engagea à tripler la somme ; nous dirons plus tard pourquoi la fondation fut ajournée. Le Père Général, obligé de se défendre contre des désirs qu'il n'était pas en mesure de satisfaire, ne put d'ailleurs ne pas admirer la générosité, la foi ardente et le dévouement aux intérêts catholiques dont il fut témoin au Cercle religieux de Marseille. A peine de retour en Italie, il écrivait de Naples, au Père Tissier, le 18 janvier 1850 : « Dans l'audience que j'ai obtenue du Saint-Père, le 15 de ce mois, et dans laquelle je l'ai entretenu de quelques-unes des bonnes œuvres de Marseille, je ne pouvais pas oublier le Cercle religieux, qui exerce sur un grand nombre de ces œuvres une incessante et si heureuse influence. Le Souverain Pontife, qui désirerait voir dans toutes les grandes villes une institution semblable, en a entendu parler de nouveau avec consolation... Je vous ai plus d'une fois exprimé combien cette œuvre m'était chère, et quelle était, je ne crains pas de le dire, mon admiration pour ces chrétiens zélés et généreux qui, par leur ferveur et leur persévérance, en sont après Dieu, comme les soutiens et les principales colonnes. »