CHAPITRE III
l'avenir de la résidence que vous cessiez d'habiter une maison distante de cinq à six minutes. » (12 Mai 1845.) L'affaire parait bien avoir été conclue au plus fort de la crise.
Cette assurance, quelque peu téméraire, des Jésuites de Marseille s'appuyait sur la chaude sympathie qu'ils rencontraient dans la population catholique et plus encore sur celle de l'évêque. Interrogé à leur sujet par M. Martin du Nord, Mgr de Mazenod avait répondu : « Ils ont toute notre confiance ; en ce moment ils occupent six chaires pour la station quadragésimale en notre ville. » On sait avec quelle intrépidité l'évêque de Marseille avait pris publiquement leur défense dès le commencement delà campagne et avec quelle liberté il avait écrit à Grégoire XVI pour le dissuader de faire aucune concession aux instances du négociateur de M. Guizot. Encouragé par lui le Supérieur de la résidence allait donc de l'avant, malgré l'incertitude du lendemain. Au bout d'une année, on crut pouvoir sans imprudence entreprendre des travaux considérables ; la maison et l'église elle- même furent reconstruites de fond en comble. La correspondance du Père Général nous montre que, au début de 1847, il y avait grand branle-bas à la Mission de France : « Vous êtes, écrivait-il au Père Pitron, dans un moment difficile. Veillez pour que la préoccupation des constructions et des paiements à effectuer et la multitude des ministères n'étouffent pas et même n'altèrent en rien l'esprit religieux. Les dettes ne laissent pas de m'inquiéter. » (18 Janvier.)
Il n'y eut pas de temps perdu, si bien que le 29 septembre de cette année 1847, en la fête de saint Michel, la communauté prit possession de sa nouvelle résidence. Les travaux de l'église se poursuivirent encore pendant plusieurs mois ; la cérémonie de la bénédiction eut lieu l'année suivante, le 31 août 1848, jour où Marseille célèbre la fête de son patron, saint Lazare, le ressuscité de Béthanie. En cette solennité mémorable, le chef de la Compagnie de Jésus se trouvait aux côtés du pieux et
vaillant évoque auquel elle devait son établissement à Marseille. Le Père Roothaan en partit seulement le 4 septembre. A ce moment, le véritable fondateur de la résidence, le Père Léopold Pitron, n'en était plus le Supérieur. Après l'avoir dirigée pendant près de neuf ans, et alors que son administration semblait particulièrement prospère, il avait cédé sa charge au Père Jacques Ferrand et, selon l'usage delà Compagnie, il était rentré simplement dans l'obéissance. Le Père Maillard rendait de lui ce témoignage : « Sans avoir la main forte ni toute l'autorité désirable, il n'en conduit pas moins sûrement sa barque. Il est aimé au dedans et au dehors ; il fait personnellement beaucoup de bien et sait mettre les autres en mesure d'en faire aussi beaucoup. Dieu le bénit manifestement. » (25 Juin 1844.)
Humble et modeste jusqu'à une excessive défiance de lui-même, le Père Pitron avait su néanmoins donner l'impulsion à toutes les œuvres qui florissaient à la résidence de Marseille. L'une des plus importantes était assurément le Cercle religieux. Sa fondation, comme on l'a vu plus haut, avait été contemporaine de la résidence elle-même; toutefois pendant les premières années, ses progrès furent timides et lents ; c'était la période des tâtonnements et des essais. Enfin, en 1845, débarquait à Marseille, venantd'Algérie, le directeur marqué pour cette tâche. Prêtre au cœur de feu, chasseur d'âmes intrépide, d'une piété tendre et d'une foi à soulever les montagnes, le Père Nicolas Tissier était destiné parla Providence à faire du Cercle religieux de Marseille une des institutions catholiques les plus originales et les plus fécondes de notre temps. On peut dire que, pendant les vingt-cinq années qu'il la dirigea, elle fut l'âme de toutes les œuvres de zèle et de charité de cette grande ville.
Dès 1848, le Cercle religieux comptait 260 membres ; l'année suivante, il atteignait 430. Le Père Tissier profita de la présence du Général de la Compagnie pour lui exposer, dans un rapport, le passé, le présent et même l'avenir