‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 76 sur 324 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

que j'ai peut-être, quoique indirectement et bien involontairement, causés pendant cette année scolaire à Votre Paternité. » (Août 1849.)

Le Père Bon s'était, on l'a vu, avancé sans beaucoup de ménagement. Sa position devenait bien délicate. Au Provincial il avait pu offrir sa démission en même temps que celle des professeurs; il se sentait maintenant obsédé de la même tentation; mais un scrupule le retenait : « Quant à moi, écrivait-il au Père de Villefort, j'en suis à hésiter sur ce que je dois faire. M'offrir à quitter la place pourrait ressembler à un mouvement de susceptibilité. Peut-être suis-je un embarras, et pour tout au monde je ne voudrais pas en être un. J'attendrai dans le silence. Mais si je suis un obstacle, n'hésitez pas à dire que vous êtes sûr que je serai heureux d'être remis à ma place, et que ce sera avec actions de grâces que je recevrai mon changement. » (5 Août 1849.)

Quant au Père Jordan, il accepta ce que le monde eût appelé sa disgrâce avec la simplicité et la rondeur d'un vrai Jésuite : « Merci, écrivait-il au Père Général, merci en mon nom et au nom de toute la Province pour le successeur que Votre Paternité veut bien me donner. Il cicatrisera toutes les plaies; il réparera toutes les fautes de son prédécesseur. Merci pour l'indulgence avec laquelle vous voulez bien me témoigner votre satisfaction. Il ne me reste qu'à vous demander pardon pour le mal que j'ai fait et pour le bien que je n'ai pas fait'. » (14 Septembre 1849.)

Cependant la nouvelle année scolaire allait commencer. (18 Octobre.) Parmi les professeurs nouveaux nous trouvons des noms qui, avec plus ou moins de relief, sont entrés dans l'Histoire, Franzelin, Passaglia, Schrader, de Lehen2. Plusieurs des anciens, le Père Henri Dumas lui-

i. Le Père Julien Jordan de Sury, neveu de Camille Jordan, né à Lyon le i4 juillet* i8o3, mort à Avignon le 2 juin 1862.

2. Le P. Jean-Baptiste Franzelin fut fait cardinal par Pie IX, en 1876; il mourut à Rome le 11 décembre 1886. Le P. Clément Schrader, mourut

même, étaient maintenus. Le Père Passaglia, déjà une autorité en Théologie, avait été envoyé de Louvain par le Père Général qui y faisait alors sa visite. Il avait mission d'examiner encore le « système de Vais » et d'aviser de concertavec les professeurs à la réforme de l'enseignement. Le Père Passaglia poussa l'esprit de conciliation à ses extrêmes limites. Il rédigea un formulaire sur les points de doctrine théologique où le « système » était accusé d'erreur. On n'eut aucune peine à s'entendre; le formulaire fut signé par tous les intéressés et le Père Passaglia crut pouvoir se porter garant de leur orthodoxie. (16 Octobre.) Quelques jours plus tard, il rendait même témoignage de l'enseignement philosophique. Son examen lui « a fait connaître et toucher de la main que les accusations portées contre lui ne sont pas moins exagérées que celles qui concernent l'enseignement de la Théologie, bien que là aussi il y ait à corriger. » (22 Octobre.)

Le sage Père Gury n'était pas à Vais pendant les dernières controverses ; il avait été appelé au Collège romain pour y professer la Théologie morale. Rentré depuis peu et invité par le Père Roothaan à donner son avis, il se rangeait à l'opinion du Père Passaglia : «Je pense avec lui, écrivait-il, que les doctrines de Vais ont été attaquées avec trop d'acharnement et même avec injustice, et qu'elles peuvent être défendues comme des opinions probables; mais on a eu tort de leur donner trop d'importance et de les soutenir d'une manière trop exclusive et trop absolue... » (20 Octobre 1849.)

Aussi peu après, le Père Bon croyait-il pouvoir se féliciter du calme qui avait repris possession des esprits, et il remerciait avec effusion le premier Supérieur de la

à Poitiers en 1875, professeur à la Faculté de Théologie fondée par Mgr Pie. Le P. Edouard de Lehen, de la Province de Paris, est mort le 11 décembre 1867, laissant plusieurs ouvrages de Philosophie ou d'ascétisme.

Le P. Passaglia, longtemps professeur de Théologie au Collège romain r chargé par Pie IX d'écrire la Bulle dogmatique de l'Immaculée Conception, demanda et obtint sa sécularisation en 1859.

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