CHAPITRE III
la chapelle des Dames de la Retraite une première réunion d'une vingtaine de jeunes filles. Le Père Nègre leur exposa son plan et ce jour-là même l'œuvre prenait naissance.
La Congrégation des jeunes ouvrières de Notre-Dame de Fourvière eut une croissance rapide. A la fin de sa quatrième année, elle comptait au delà de mille membres et elle ne tarda pas à dépasser quinze cents ; lors de ses noces d'argent, elle était à deux mille. Un de ses résultats, et non le moindre, fut de susciter dans plusieurs paroisses l'établissement d'associations semblables; elle n'en est pas moins toujours vivante et prospère, bien qu'elle n'ait pu conserver le chiffre vraiment extraordinaire d'adhérentes qu'elle avait atteint pendant quelques années. Mieux encore, elle n'a cessé d'être un foyer permanent de ferveur et d'admirables vertus dont les souvenirs recueillis avec un soin pieux forment aujourd'hui le trésor de la congrégation. Elle s'administre elle-même ; elle ne dépend point d'un conseil de Dames patronnesses ; elle se gouverne librement, très attachée à cette indépendance qui est son bien, son honneur et son cachet spécial. C'est en pratique l'apostolat de l'ouvrier par l'ouvrier, tant recommandé de nos jours par ceux qui ont à cœur la régénération chrétienne des classes laborieuses1. En 1898, la congrégation célébrait son cinquantième anniversaire. Le Père Nègre vint de Toulouse lui apporter avec ses félicitations les restes d'une voix qui allait s'éteindre et d'une ardeur que l'âge avait brisée. Il avait quatre-vingt-huit ans et il devait mourir quelques mois plus tard.
Nous avons dit comment l'œuvre militaire ébauchée par les Jésuites de Lyon dès les premières années de la résidence avait succombé sous le mauvais vouloir des autorités. Le souffle libéral de 1848 lui permit de renaître. D'après les Lettres annuelles cette résurrection
i. Cf. Mademoiselle Fanny Boyet, présidente de la congrégation des Jeunes ouvrières de Xotre-Dame de Fourvière. Noies et Souvenirs par un Père de la Compagnie de Jésus. Lyon, E. Vitle. 1890.
s'accomplit de façon assez inattendue. Des troupes cantonnaient sur le plateau de Fourvière, se tenant prêtes pour le cas où quelque désordre se produirait dans la ville. Les soldats, errant a l'aventure, entraient parfois dans la chapelle de Notre-Dame. Touché de la piété des pèlerins, l'un d'eux se sentit travaillé d'un vague désir de retour à Dieu; il s'en ouvrit au premier prêtre qu'il rencontra. On s'occupait beaucoup, disait-il, des femmes, des jeunes filles, des enfants; personne ne pensait aux soldats. Ne pourrait-on faire aussi pour eux quelque chose, les réunir, leur parler, leur procurer des distractions saines qui les préserveraient des dangers de l'oisiveté? Le prêtre n'était autre que le Père Nègre. Ce fut pour lui un trait de lumière. — «Je suis votre homme », répondit-il. — De fait, à partir de ce moment, la meilleure partie de son industrieuse activité fut pour les militaires. Ce furent d'abord des réunions à la chapelle de Fourvière où sa chaude et entraînante parole les attirait par centaines. Forts de l'approbation du général Gémeau, puis du légendaire maréchal de Castellane, les Pères n'hésitèrent pas à élargir leur œuvre, qui bientôt eut son local avec tout l'outillage d'un cercle militaire. L'institution, dirigée par son aumônier, fonctionna régulièrement l'espace de trente ans, jusqu'au jour où elle fut balayée par la tempête qui dispersa les Ordres religieux en 1880.
La petite succursale de la sainte colline grandissait ainsi en importance. Nous trouvons dans la correspondance ce billet du Père Général au Père de Jocas, alors Supérieur de Fourvière : « Le catalogue des œuvres que dirige cette résidence est bien consolant. Encouragez de ma part les Pères qui en sont chargés, spécialement ceux qui dirigent les retraites et les œuvres d'hommes, ouvriers, soldats, jeunes gens, etc. » (2 Février 1852.)
Pendant son court passage à Lyon, le Père Roothaan fut l'hôte du docteur Laboré, dont le nom a déjà paru dans cette Histoire; ce fut en effet pour les Jésuites un ami de la première heure, qui donna un de ses fils à la famille