CHAPITRE III
de Mont-Roland un calice de vermeil sur lequel on lit l'inscription suivante :
Deiparae Montis Rolandi Domus
Prov. Taurin. Praep.
Sociique exules
Quod Illa Auspice Patrona Adjutvice
Dolano collegio sint recepti
Recreati servatiqué incolumes
AnnoDniMDCCCL<.
Pour cette lois le Père Roothaan, sans pousser plus avant vers le Nord, rentrait à Marseille vers le milieu de juillet. Avignon se trouvait sur la route; il y fit une halte de quelques jours. Après l'exécution tapageuse ordonnée par le commissaire La Boissière, l'archevêque avait porté plainte au Gouvernement provisoire, et peu à peu tout était rentré dans l'ordre. Les novices mêmes qui avaient reçu l'hospitalité au Grand Séminaire de Viviers venaient d'être rappelés; le juvénat comptait plus de trente étudiants; les deux maisons de la rue Saint-Marc et de Saint- Chamand formaient une communauté de près de cent personnes. La tranquillité, qui succédait à l'alerte des premiers jours, allait donner à l'activité de la résidence une impulsion nouvelle. L'année 1849 vit s'organiser un cercle d'hommes de la société qui devaient préparer l'établissement du collège ; en même temps s'établissait une œuvre militaire. Enfin on mettait la main à la construction d'une chapelle publique contiguë à la résidence, et qui avait manqué jusque-là. Elle fut ouverte en
i. A la Vierge Mère de la maison de Mont-Roland
Le Provincial de la Province de Turin
Et ses compagnons exilés
Parce que sous ses auspices, son patronage et son secours
Ils furent au collège de Dôle accueillis
Soignés et gardés sains et saufs
Offrent cet hommage
L'an du Seigneur i85o.
mars 1850. Les Annales de la maison mentionnent une cérémonie touchante qui s'y déroula peu après. C'était l'abjuration de Simon John Boyhme, docteur de l'université d'Edimbourg, et ministre de l'église presbytérienne. Il était venu à Marseille pour y établir son culte. Converti par le Supérieur de la Mission de France, il fut envoyé par lui au noviciat d'Avignon pour y préparer son retour au bercail catholique, et après une retraite de quinze jours, il y fut baptisé en la fête de saint Ignace, dont il voulut prendre le nom.
Autre halte à Aix. Là aussi le contre-coup de la Révolution s'était fait sentir ; grâce à l'arrivée de plusieurs Pères italiens, lepersonnelde lamodeste résidence était presque doublé; elle avait compté jusqu'à vingt et un religieux. Cependant elle se trouvait toujours dans la même situation pénible et quelque peu humiliante. Occupant presque la totalité de l'ancien collège Bourbon, les Jésuites ne pouvaient se servir de l'église dont ils étaient propriétaires depuis plus de douze ans. Le cardinal Bernet venait de mourir, 5 juillet 1846. Il n'eût peut-être pas refusé son autorisation, mais, comme nous l'avons vu, le maire opposait nu veto absolu. Le Père Bon dut partir pour Vais cette même année, sans avoir pu vaincre l'obstacle.
Toutefois au lendemain de la Révolution, on eut affaire à une municipalité moins intolérante. Le nouveau maire ne songeait point à invoquer la prétendue hostilité de la population : « A Aix, disait-il au Père Supérieur, les Jésuites ont quelques ennemis, des amis en plus grand nombre; la masse est indifférente. » Le nouvel archevêque, Mgr Darcimoles, avait donné sur le siège du Puy assez de témoignages de sa sympathie pour l'Ordre de saint Ignace. Il hésitait cependant à prendre l'initiative d'une mesure qui pouvait froisser certaines susceptibilités. C'est alors que, sur le conseil d'un vicaire général, on fit circuler une pétition, qui se couvrit de deux cent quarante signatures de notables, réclamant l'ouverture d'un monument religieux