CHAPITRE III
dont l'abandon était une honte pour la ville. Heureux sans doute d'avoir ainsi la main forcée, le prélat permit aux Jésuites d'exercer enfin dans leur église quelques Tondions du ministère sacerdotal. (Novembre 1849.) Leur liberté était encore entourée de beaucoup de restrictions, mais elle n'en constituait pas moins un progrès considérable sur l'état de choses antérieur. Cette restauration fut accompagnée d'une cérémonie de caractère point banal. Les habitants du quartier, ne pouvant encore se réunir dans l'intérieur de l'église, installèrent une modeste Madone sur la façade ; puis le soir venu, la fête se célébra en plein air selon la mode provençale; toutes les fenêtres illuminées, une foule de six à sept mille personnes défila dans la rue, récitant le rosaire et chantant des cantiques. C'était la dévotion du moment; d'autres Madones, aux angles des maisons, recevaient les hommages populaires ; les menaces de choléra réveillaient les souvenirs lugubres de 1835, et l'on cherchait dans la protection de la Sainte Vierge une défense contre le fléau.
Au mois de septembre 1848, le Père Roothaan se remettait en route. Il visitait Castres, puis Toulouse, où il séjourna près de deux semaines. C était toujours la résidence où la Compagnie de Jésus rencontrait les plus vives sympathies. Le dédoublement nécessité par la tempête de 1845 avait plutôt favorisé son progrès. Avec sa succursale de Sainte-Marie des Champs, elle comptait, en 1847, bien près de quatre-vingts personnes. Le noviciat, trop nombreux, envoya alors un essaim pour reconstituer celui d'Avignon. Le chiffre fléchit alors, mais dans le cours de l'année 1848, l'arrivée d'un juvénat italien le fit remonter presque à soixante-dix. Lors de la Révolution de Février, un mouvement se dessina contre les Jésuites ; ils trouvèrent alors un défenseur inattendu en la personne de M. Gatien-Arnoult, professeur de Philosophie à la Faculté des Lettres, devenu membre de la commission municipale provisoire. Les convictions du libéral prévalurent sur les rancunes de l'universitaire malmené par l'auteur du
«Monopolo », et en face d'une assemblée tumultueuse, il ne craignit pas de déclarer qu'il y avait place au soleil de la liberté, même pour les fils de Loyola. De fait leur tranquillité ne fut pas troublée un instant.
Le noviciat de Sainte-Marie des Champs, « le noviciat, notre consolation », disait le Père Jordan, était toujours plus qu'au complet. L'attrait de la persécution y poussait beaucoup d'âmes généreuses ; à la suite des événements de 1845, le chiffre de ses habitants dépassa la cinquantaine. Le Père Ogerdias avait succédé au Père Druilhet comme Supérieur de la résidence, sans quitter ses fonctions de Maître des novices qu'il exerçait depuis 1841 . Les allées et venues entre la ville et la campagne rendaient la double charge trop lourde. Sur la fin de 1848, le noviciat était remis aux mains de l'angélique Père de Foresta. Quant au Père Ogerdias, dont les qualités et les vertus étaient un sujet d'admiration pour le dedans comme pour le dehors, il garda le gouvernement de la résidence jusqu'au jour où il L'échangea pour celui delà Province. De retour à Marseille après sa visite, le PèreRoothaan écrivait au Provincial de Lyon, le 23 février 1849 : « Le Père Ogerdias témoigne le désir que la résidence de Toulouse soit érigée en Maison professe. » L'année suivante, autre demande. Il s'agit de la construction d'une nouvelle église, la chapelle de Saint-Sauveur devenant insuffisante. Sauf le cas où il y aurait nécessité urgente, l'opinion du Père Général est qu'il faut surseoir : « Le tempus aedificandi n'est pas encore venu. » (25 Mars 1850.) Les propositions du Supérieur sont du moins un témoignage de l'état satisfaisant de la résidence, en même temps que de l'affection de la population toulousaine pour la famille de saint Ignace, surtout si l'on se rappelle ce qui a été dit plus haut des Maisons professes dans la Compagnie de Jésus.
Dans les premiers jours d'octobre 1848, le Père Roothaan donna la retraite annuelle à toute la nombreuse communauté de Vais ; après quoi il continua sa route vers le