CHAPITRE PREMIER
I. — La Compagnie de Jésus en France au lendemain de la Révolution de Juillet. Les deux premières Lettres encycliques du R. P. Général Jean Roolhaan. Les vrais Monita Sécréta.
IL — Les Coutumiers de la Provitice de France. La revision du Ratio Studiorum. Importantes modifications dans les programmes d'enseignement : Théologie, Philosophie, Langue maternelle, Sciences mathématiques et Physiques.
III. — Lamennais et les Jésuites. Le Mennaisianisme dans la Compagnie. Le Père Rozaven. Sa lutte contre la Philosophie de la raison générale, ou du sens commun. L'Ordonnance du R. P. Fortis. Rozaven et Lamennais. Échange de lettres entre Lamennais et le Provincial de France. L'abbé Gerbet et le Père Barat. Le Père Raymond Brzozowski, Assistant du Général, se fait le champion du mennaisianisme. Regrettables indiscrétions. L'Assistant désavoué. Fâcheux effet sur l'opinion.
IV. — Élection du Père Roothaan. L'Assistant mennaisien est évincé; le Père Rozaven maintenu. L'Ordonnance du Père Fortis est confirmée. Les Jésuites partisans du système ne se croient pas obligés d'y renoncer. Le P. Rozaven publie l'Examen du livre de l'abbé Gerbet sur les fondements de la certitude. Colère de Lamennais. La lumière se fait. L'Encyclique Mirari i>os. Les Paroles d'un croyant. Condamnation explicite du système philosophique de Lamennais. Soumission des Jésuites mennaisiens
V. — Le collège du Passage. Tracasseries du gouvernement espagnol. Fermeture et expulsion. Fribourg. Le collège Saint-Michel et le Pensionnat. Prospérité inouïe du Pensionnat; elle se soutient vingt ans, non sans contradictions de toute sorte. Dénonciation calomnieuse de M. Thiers. Fureur des radicaux suisses. Guerre du Sonderbund. Ruine du Pensionnat. Le Livre d'Or de Fribourg.
A peine renaissante, la Compagnie de Jésus en France avait essuyé de furieux orages. Une invraisemblable
coalition de colères, de haines et de mensonges avait abouti, après quatre ans, à l'exécution de 1828; deux ans plus tard la rafale qui emporta le trône balayait du même coup les quelques établissements de Jésuites que les Ordonnances royales n'avaient pas atteints. De la Société, objet de tant de craintes chimériques, et de tant de violences trop réelles, il ne restait sur le sol français que quelques individus dispersés ça et là et contraints de se cacher pour échapper aux pires traitements. On pouvait croire qu'on en avait fini avec elle; elle n'aurait fait qu'une apparition dans le monde moderne où sa présence était un anachronisme; elle rentrait au tombeau, et pour n'en plus sortir. C'est bien ainsi que l'entendaient les libéraux, acteurs de la grande « Comédie », qui s'étaient servis du nom des Jésuites pour mener la campagne contre la monarchie légitime, et qui, au lendemain de la Révolution, avaient oublié et la Congrégation et les Jésuites, ou même avouaient n'être pas bien sûrs de l'existence des Jésuites'. Mais peut-être bien l'Ordre de saint Ignace ressemble-t-il, lui aussi, à l'arbre décrit dans une fière strophe que savent par cœur tous ceux qui ont entretenu quelque commerce avec les muses classiques: Duris ut ilex tunsa bipennibus -...
Sous les coups de la hache qui l'émonde le chêne devient plus vigoureux. Ainsi la petite Province de France, si maltraitée, se replie sur elle-même, ramasse ses forces et, confiante dans l'avenir, se prépare pour les travaux que la Providence lui destine.
1. Voir l'article d'Armand Carrel dans le National. Tome I, p. 3i8.
2. Duris ul ilex tunsa bipennibus, JVigrae feraci frondis in Algido,
Per damna, per caedes, ab ipso Ducit opes animumque ferra.
Comme le chêne, émondé par le dur tranchant de la hache, dans les noires forêts de l'Algide, au milieu de ses perles, de ses désastres, reçoit du fer lui-même plus de force et de vie.
(Ilorat. Od., lib. IV, 4.)