CHAPITRE IV
revivaient l'apostolat et le prestige de saint François Régis; car déjà, disait l'évêque, les populations l'appelaient « notre saint Père de Bussy ».
Le premier Supérieur de la Compagnie n'avait rien à refusera Mgr de Donald. Mais deux ans plus tard le prélat était transféré à Lyon. Le Père Guidée crut alors le moment venu de faire valoir le droit de sa Province. Le Père Maillard, qui venait de succéder au Père Renault, répondit qu'il ne pouvait s'opposer au départ du Père de Bussy, mais que l'affaire méritait considération; il était nécessaire de prévenir l'archevêque de Lyon si l'on ne voulait pas s'attirer une protestation de sa part car il avait dit et disait encore : « Ce n'est pas à l'évêque que le Père Général a donné le Père de Bussy, mais au diocèse et surtout à la ville du Puy. » (8 Août 1840.) Deux mois après, le successeur de Mgr de Bonald, Mgr Darcimoles déclarait bien haut son intention de ne pas laisser partir « son Père de Bussy ». Le Provincial de Lyon en donna avis au Père Roothaan : « Mgr veut en écrire à Votre Paternité et s'en expliquer avec le Père Guidée. » (15 Octobre 1840.)
Le Général des Jésuites n'est pas l'autocrate imaginé par la légende; en ce qui concerne l'administration des maisons et des Provinces, il impose rarement sa volonté. S'il lui arrive de donner une direction, de manifester un désir, il laissera d'ordinaire les Supérieurs immédiats décider au mieux des intérêts dont ils ont la charge. Cette fois le Père Guidée crut devoir se raidir contre toutes les sollicitations. Le Père de Bussy reçut ordre de rentrer dans sa Province; le 30 juin 1841, il écrivait de Paris au Père Maillard : « Que la volonté de Dieu soit faite!... Je suis et me regarde désormais comme un vieux arbre transplanté qui va aller en se desséchant. »
Mais à ce moment-là même un autre cas semblable était posé entre les deux Provinces, celui du Père de Ravignan. Rattaché par son origine à celle de Lyon, il était Supérieur de la résidence de Bordeaux. Mais les
2i8 LA COMPAGNIE DE JÉSUS
conférences de Notre-Dame, le ministère, les relations qui en résultaient pour Torateur, les services qu'il était en état de rendre, tout l'appelaitdans la capitale. Sa place y paraissait marquée par la Providence. La Province de Lyon n'opposa pas de résistance à une mesure qui était pour le plus grand bien. Le Père de Ravignan fut définitivement incorporé à celle de Paris; en retour elle fit cession de son droit sur le Père de Bussy, et la modeste capitale du Velay recouvra son missionnaire dont elle ne devait plus être dépossédée.
La première richesse pour une nation, ce sont les hommes; il n'en allait pas autrement pour les deux héritières de l'unique Province de France. 11 ne faut donc pas s'étonner que ceux qui avaient à défendre leurs intérêts aient mis quelque ardeur à revendiquer la part de personnel qui leur revenait. Six mois après la division, elles se trouvaient constituées avec des effectifs sensiblement égaux. Les Catalogues de 1837 accusent pour la Province du Nord : 162 Prêtres, 40 Scolastiques, 60 Frères coadjuteurs, au total 262 religieux; pour celle du Midi : 139 Prêtres, 49 Scolastiques, 65 Frères coadjuteurs; ensemble 253 religieux.
La Province de France possédait de nombreuses reliques. C'était là aussi, selon l'expression liturgique, un « trésor », qu'il fallait partager équitablement. On y trouva de quoi confectionner deux tableaux, renfermant une relique de saint pour chaque jour de l'année. Ils furent attribués aux scolasticats de Théologie de l'une et de l'autre Province. Les autres lots furent répartis à l'amiable. Mais une vraie difïïculté surgit quand il fallut faire l'attribution du doigt de saint Stanislas Kostka. Cette précieuse relique avait appartenu au cardinal de Rohan, qui l'avait léguée à sa sœur, la Comtesse d'Estournelle, laquelle &n avait fait don aux novices de la Compagnie. Qui en serait l'heureux possesseur, maintenant que chacune des deux Provinces allait avoir son noviciat? Tout d'abord on demanda à la donatrice de trancher le litige ;