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CHAPITRE IV

prêtre à qui la Compagnie de Jésus doit de la reconnaissance. L'abbé Marduel se dépouilla en sa faveur de plus de 4.000 volumes, de sciences sacrées pour la plupart, qu'il avait sans doute hérités de son oncle, le curé de Saint-Roch. Ceux qui ont habité, avant la dispersion, les résidences du Jésus, de Paris ou de Lyon, se rappellent avoir rencontré maintes fois sur les rayons de la bibliothèque des ouvrages portant Vex-libris Marduel.

Vers ce même temps encore un chanoine du Puy, l'abbé Issartel laissait aussi par testament tous ses livres au scolasticat de Vais. Qu'on"ne s'étonne pas de voir consigner dans cette Histoire le souvenir des libéralités de celte espèce, d'ailleurs assez fréquentes ; la Compagnie de Jésus les estime précieuses entre toutes.

Il lui en survint une autre, sur la fin de 1834, unique en son genre, croyons-nous, et qui de ce chef mérite bien aussi une mention.

Un riche amateur, M. Cambiaso, avait toute sa vie collectionné des tableaux; il y avait à peu près dépensé sa fortune. Sa pieuse veuve, après avoir donné son fils à la Compagnie, crut bien faire aussi de lui donner les tableaux; il y en avait toute une galerie. Les sujets profanes, plusieurs centaines, s'en allèrent chez des amis et des bienfaiteurs ; parmi les autres, en bien plus grand nombre, quelques-uns trouvèrent place dans des chapelles ou des oratoires ; le reste servit, selon l'usage des vieux monastères, à décorer, dans deux ou trois maisons, les murs du réfectoire et de la salle qui remplace chez les Jésuites le chapitre monacal. Y avait-il dans le nombre quelques œuvres de valeur, qui eussent pu atteindre les gros chiffres dans les ventes publiques? Ce n'est guère probable. En tout cas, les Jésuites, réputés si habiles, ne le furent sans doute pas assez pour faire une affaire avec leurs tableaux. Inutile d'ailleurs de demander ce qu'ils sont devenus, après la série de déménagements et de pillages que les maisons qui les possédaient ont eu à subir.

Le Souverain Pontife, lui aussi, faisait à la même époque largesse aux enfants de saint Ignace. Par un Bref du 22 décembre 1834, Grégoire XVI rétablissait les nombreuses indulgences accordées par ses prédécesseurs pour l'exercice de leur ministère. Ces faveurs infiniment précieuses n'étaient pas spéciales à la France ; mais ce n'est pas une raison pour les Jésuites français d'en avoir moins d'estime et moins de reconnaissance. La concession de 18.32 était faite pour sept ans ; mais, en 1839, à la requête du Père Roothaan, le même Grégoire XVI voulut bien la renouveler et l'étendre in perpetuum.

De son côté le Provincial de France puisait dans le trésor qu'il avait sous la main pour acquitter dans la mesure du possible les dettes de sa famille religieuse envers ses bienfaiteurs. Par une circulaire datée du 20 avril 1836, le Père Renault informait ses subordonnés que sept personnes avaient reçu leur diplôme de participation « à tous les biens spirituels de la Compagnie ». C'était tout d'abord Mgr de Donald, évêque du Puy; ensuite trois laïques, le comte d'Herculais à Lyon, M. Dubois-Fournier à Valenciennes et M. Lacroix à Rayonne ; ce dernier avait été d'un grand secours aux expulsés du Passage; les services des deux autres nous sont déjà connus. Il y avait en outre trois dames, la comtesse d'Estournelle, Mme de la Barmondière et la comtesse de Boylesve, dont le fils Marin de Boylesve appartenait déjà à la Compagnie et devait y fournir une carrière apostolique des plus fécondes. C'est à dessein que nous saisissons l'occasion de révéler au public les mystères de l'affiliation des hommes et des femmes du dehors à l'Ordre de Loyola. Ces personnes de l'un et de l'autre sexe, très peu nombreuses, sont admises, par concession expresse, à partager les mérites des prières et des bonnes œuvres qui se font dans la Compagnie; elles ne sont pas autrement Jésuites, ni Jésuitesses; la Compagnie de Jésus ne connaît pas d'autres affiliés ni d'autre affiliation.

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Dans ces conjonctures, plutôt favorables, on jugea le moment venu d'exécuter une mesure depuis longtemps projetée. L'administration de la Province de France, déjà très laborieuse et diilicile quand tous ses établissements se trouvaient enfermés dans les frontières du royaume, l'était devenue bien davantage par le fait des dispersions et des exils. Nous avons vu le Père Godinot, obligé, après 1828, de partager avec son Socius la charge de la visite annuelle. Devenu Provincial, le Père Druilhet détaille son itinéraire dans une lettre au Père Roothaan (20 avril 1832) : C'est d'abord toute la France à parcourir en zig-zag; puis, s'il veut voir tout son monde, il lui faut aller à Madrid et à Lisbonne, pour finir par le Piémont et la Suisse. En tout sept à huit mois de voyages. De l'autre côté de l'Atlantique, la Mission naissante du Kentucky réclamait encore sa part de sollicitudes. Outre que le fardeau semblait déjà au-dessus des forces d'un homme, bien des choses devaient rester en souffrance par le fait des distances et de la lenteur des communications.

On songeait donc dès lors à diviser la Province. Pendant les premières années de l'administration du Père Renault la question est sérieusement mise à l'ordre du jour; lui-même insiste pour qu'elle soit tranchée au plus tôt; la nécessité s'impose chaque jour plus évidente. On lui demande de présenter un projet de partage. 11 le rédige en quelques articles très simples, ajoutant que dès lors il s'en remet, sans plus faire d'instances, à la prudence de son Général. (26 Avril 1835.) Au mois de décembre suivant, le Père Roothaan fait enfin connaître sa décision. Le partage est résolu ; deux Provinciaux seront désignés et ils arrangeront ensemble toutes choses pour la constitution des deux futures Provinces, sans savoir celle que chacun d'eux sera appelé à gouverner. (11 Décembre 1835.) Toutefois, fidèle aux principes de la sage lenteur romaine, le

Père Roothaan temporise encore, réclamant des suppléments d'information; la dernière lettre du Père Renault relative à cette grave affaire est du 14 avril 1836 ; on y sent percer quelque impatience.

Le Père Général donna son Décret le 27 juillet 1836; il devait entrer en vigueur le 15 août, en la fête de l'Assomption, date particulièrement chère à la Compagnie de Jésus qui la tient pour celle même de sa naissance ^ Aucun autre motif n'est invoqué que la difficulté d'administration et de l'étendue des territoires qu'elle embrasse. La Province du Nord, qui garde le nom de Province de France, comprendra les cinq résidences de Paris, Saint- Acheul, Laval, Vannes, Metz, avec les deux collèges de Brugelette et de Sainte-Marie au Kentucky. A la Province du Midi, autrement dite de Lyon, sont attribuées les maisons de Lyon, Avignon, Toulouse, Vais, Lalouvesc, Dôle, Aix, avec les missions d'Asie, Syrie et Maduré ^. Quant au personnel, il fut posé en principe que chaque religieux serait attaché à la Province à laquelle il appartenait par sa naissance. Une exception fut faite en faveur des Pères âgés, à qui on laissa la faculté de rester dans celle où ils avaient leurs habitudes.

Les déplacements imposés par cette règle n'allèrent pas toujours sans difficultés; çà et là il fallut accorder quelques délais; ailleurs on dut entrer en accommodements et se prêter à des échanges ; pour un méridional qu'on gardait dans le Nord un septentrional fut retenu dans le Midi. L'esprit d'obéissance et de conciliation eût tout simplifié, tout aplani; mais il fallait compter avec des interventions qu'il n'était pas toujours possible d'écarter. Ce fut le cas du Père Maxime de Bussy. A la première nouvelle qu'il allait être rappelé danç le Nord, Mgr de Ronald s'était adressé directement au Père Général. On ne pouvait enlever à la ville et au diocèse du Puy celui en qui

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