C'est quinze ans qu'il fallait dire
pour entrer au séminaire, s'est préparé longtemps dans la retraite et par des études suivies à se rendre utile à l'Église. 11 avait commencé l'année dernière à prêcher à Amiens. On a remarqué dans son discours de mardi dernier une composition sage, des pensées fortes et un goût toujours pur... Il est aisé de voir que cet orateur s'est formé par l'étude des bons modèles. Il connaît les convenances de la chaire et ne cherche point à étonner par des expressions bizarres ou à éblouir par des pensées hardies'... »
Les derniers traits de ce satisfecit décerné au prédicateur de Saint-Thomas-d'Aquin étaient à n'en pas douter une pointe à l'adresse du conférencier de Notre-Dame. Or, c'est précisément ce prédicateur sage, « formé par l'étude des bons modèles », que Mgr de Quélen allait donner pour successeurau tropbrillant conférencier. Assurément ce choix, dicté par la prudence, était très honorable pour celui qui en était l'objet. Mais d'autre part quel lourd héritage à recueillir! La voix de la sagesse, celle même de l'éloquence bien ordonnée, risquait de paraître froide après les superbes élans de Lacordaire. Le Père de Ravignan se faisait moins que personne illusion à cet égard. Pour bien d'autres motifs encore, comme on le verra plus loin, il répugnait à accepter la succession qui lui était offerte. Il essaya de s'y soustraire; mais l'obéissance intervint, et en vrai fils de saint Ignace, le Père de Ravignan n'eut plus de volonté que pour se soumettre.
D'ailleurs, en dépit des appréhensions fâcheuses, l'ouvrier parut dès l'abord à la hauteur de sa tâche. A la suite de la station de 1837, il écrivait au Père Roothaan : « Certaines préventions m'attendaient au début; l'incroyable influence du talent de mon prédécesseur rendait ma position délicate et difficile. Je suis arrivé, confiant et priant, et Dieu a établi entre un immense et imposant auditoire et son faible instrument des rapports constants de