‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 127 sur 382 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

professeurs le personnel siifBsant, il ne s'agissait, pour réaliser l'établissement projeté que d'admettre à nos cours des ecclésiastiques étrangers à la Compagnie. Mais comme, d'autre part, nous avions lieu de craindre l'opposition de l'autorité civile, nous crûmes prudent de consulter le ministre de l'Instruction publique, M. Villemain. Le Père Boulanger, Supérieur de la maison de Paris, sollicita, en mon absence, une audience qu'il obtint le 9 juillet. »

Suit le récit détaillé de l'audience. Le Père Boulanger, après avoir exposé son projet, demande au ministre s'il peut compter tout au moins sur la tolérance du Gouvernement. M. Villemain répond qu'il ne désire rien tant que de voir le clergé se mettre au niveau, pour les sciences, des établissements universitaires ; que par conséquent tout ce qu'on fera pour amener ce résultat ne peut qu'avoir son approbation. Il engage le Père Boulanger à lui présenter un projet écrit qu'il puisse soumettre au Conseil de l'Instruction publique. Au moment de prendre congé, le Père, ou mieux l'abbé Boulanger, demande au ministre « s'il y a entre eux quelque malentendu, s'il s'est bien fait comprendre de Son Excellence. — Parfaitement, répond M. Villemain, j'ai compris la pensée que vous m'avez exprimée, et même celle que vous ne m'avez pas exprimée. — II n'est donc pas nécessaire, M. le Ministre, de vous dire qui je suis. — Non, répondit-il en souriant. »

Quelques jours plus tard, le Père Boulanger remettait entre les mains du ministre le programme de « l'Institut des Hautes Études, rue du Regard, 15 ». Il comprenait six articles, dont le cinquième était ainsi conçu : « Ce n'est donc point une maison d'enseignement public que je désire établir ; ce n'est point non plus un séminaire ; il n'y aura de cours ni de Théologie, ni de Philosophie ; c'est une simple maison où des ecclésiastiques auront leur domicile et où, réunis à des heures déterminées, ils disserteront ensemble sur les matières des cours de la Faculté ou du Collège de France. » M. Villemain, cette fois encore, se montra prodigue de bonnes paroles et fit espérer

une solution favorable. Mais le Conseil se déroba; après avoir retenu l'affaire près de six mois, il fut d'avis que, dans la forme où il se présentait, l'établissement avait plutôt le caractère d'une association scientifique ressortissant au ministère de l'Intérieur.

De ce côté on se montra plus accommodant. A plusieurs reprises on assura au Père Boulanger que l'autorisation n'était point nécessaire et qu'il lui suffisait d'aviser le ministre lors de l'ouverture de l'établissement pour n'avoir rien à démêler avec les commissaires de police.

Le prospectus parut en effet au printemps de 1838, annonçant la rentrée pour le mois d'octobre; la presse religieuse le reproduisit en l'accompagnant de commentaires élogieux ^ Beaucoup d'évéques envoyèrent de chaudes félicitations ; malheureusement, soit manque de sujets, soit faute de ressources, ceux qui fournirent des étudiants à l'Institut ne furent que l'exception. Il ne compta jamais plus d'une quinzaine de jeunes ecclésiastiques étrangers, avec huit à dix scolastiques de la Compagnie. Ils avaient pour directeur des études le Père François Moigno. Deux ou trois scolastiques des plus anciens faisaient fonction de répétiteurs. Nous voyons dans un document de famille que de célèbres professeurs de l'Université, M. Leroy, M. Babinet, d'autres encore, y venaient parfois donner une leçon ou faire passer des examens. Entre temps, les scolastiques allaient trois fois par semaine faire les catéchismes à la paroisse de Saint- Médard.

C'était plus qu'il n'en fallait pour mettre en émoi la vigilance des hommes d'État. Manifestement il se tramait chez les Jésuites quelque complot contre la sûreté publique. L'Institut ne fonctionnait pas depuis quatre mois que déjà la police enquêtait. Dans les premiers jours de février, M. de Salvandy, ministre de l'Instruction

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