‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 126 sur 382 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tioii laïque, c'est bien, dit-il, le ministre qui nomme sur noire présentation, mais c'est nous qui donnons l'institution canonique, et je me propose bien, si la chose réussit, de demander le diplôme apostolique. — Mgr insista pour que je demandasse l'agrément de Votre Paternité. » (24 Mars 1838.)

Quant au Père de Ravignan, il écrivait à ce propos quelques semaines plus tard : « ... Il a été question de moi comme professeur. Je m'étonnais que cette idée put paraître admissible. » (2 Mai 1838.) Nous n'avons pas la réponse du Père Roothaan ; mais on ne peut douter qu'elle ait été dans le même sens.

Toutefois Mgr Afrre ne renonçait pas au projet dont il était le véritable auteur. Un des premiers actes de son administration épiscopale fut la réorganisation de la Faculté de Théologie qu'il inaugura solennellement dans l'église de la Sorbonne, le 26 avril 1841. C'est trois jours auparavant qu'il écrivait au Père Général pour lui demander que le Père de Ravignan fût fixé définitivement à Paris. Est-il téméraire de penser que le prélat ne désespérait pas de faire entrer le conférencier de Notre-Dame •dans le corps professoral de l'Institut qui lui tenait tant à cœur?

Le ministre de l'Instruction publique eût-il jamais consenti à la nomination du Père de Ravignan, il est permis d'en douter, La crainte de voir les Jésuites reprendre pied dans l'enseignement tenait toujours le Gouvernement en éveil. Trois semaines après l'inauguration de la Faculté de Théologie, Mgr Affre recevait du Garde des Sceaux, M. Martin du Nord, une lettre qu'il s'empressa de communiquer au Père Provincial. « Monseigneur, disait le ministre, la maison des Jésuites de la rue du Regard existe depuis quelques années et n'a pas sans doute échappé à votre surveillance. Je vous serais très obligé de me soumettre les renseignements que vous possédez sur la nature et le but de cet établissement, sur le nombre •et les sentiments des personnes qui la composent, sur

leurs exercices et leurs études. Je vous prie également de me faire savoir s'il est vrai que plus d'activité y règne depuis quelque temps, et que les ecclésiastiques qui s'y trouvent songent à reformer leurs anciens établissements de cette nature qui existaient en France, qui ont été régulièrement fermés et dont la réouverture ne pourrait être aujourd'hui tolérée. » (12 Mai 1844.)

Nous avons vu les Jésuites de Paris s'installer paisiblement en 1835 dans leur nouvelle résidence de la rue du Regard. Que s'y était-il donc passé pour exciter ainsi la vigilance et les alarmes du ministre de la Justice ? L'histoire, croyons-nous, n'est pas sans intérêt. 11 s'agit d'un premier essai de ce qui fut plus tard l'Ecole des Carmes.

En 1837, l'abbé Jammes, vicaire général de Paris, eut l'idée d'ouvrir un établissement, moitié séminaire, moitié maison de famille, oîi l'on recevrait les jeunes ecclésiastiques envoyés à Paris par leurs évêques pour suivre les cours de la Sorbonne ou du Collège de France et se préparer au professorat. 11 sollicita à cet effet le concours des Jésuites ; il prenait l'entreprise à sa charge et leur proposait de tenir l'établissement en son nom. La proposition fut acceptée; mais, au moment d'en venir à l'exécution, Mgr de Quélen, tout en approuvant l'œuvre, témoigna à son vicaire général qu'il ne le verrait pas avecplaisir en assumer la responsabilité. Le Père Guidée se trouva donc seul en présence du projet. Allait-il l'abandonner ? 11 ne paraît pas que ni lui ni ses consulteurs y aient songé. Voici comment il raconte la suite de l'affaire dans une lettre au Père Général :

« M. Jammes s'étant retiré, nous eûmes à examiner s'il était à propos d'aller en avant. Gomme d'une part il était arrêté que le cours de mathématiques supérieures aurait lieu pour les Nôtres à Paris et que nous avions en

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