CHAPITRE PREMIER
Quel fut le résultat de « VOjdination » ? La parole du premier Supérieur eut-elle assez de vertu pour ramener tous ceux qui s'étaient laissé séduire par le système mennaisien? « Plusieurs, dit le Père Gury, revinrent de cœur aux principes de l'enseignement commun. Mais, il faut l'avouer, un plus grand nombre continuèrent à être attachés d'esprit et de cœur au système, et comme la bouche ne peut guère manquer de parler de l'abondance du cœur, quoiqu'ils eussent la meilleure intention d'obéir religieusement à la défense, ils ne laissaient pas de parler trop souvent dans le sens des propositions prohibées ^ »
Ceux-là seuls seront étonnés et scandalisés peut-être de cette obstination qui ignorent quel empire une idée exerce sur l'entendement humain qui croit posséder en elle la vérité, surtout quand cette idée tire après soi tout le bloc de la connaissance humaine ; en tout cas ils y verront que le Jésuite n'est pas l'automate de la légende, qui abdique entre les mains de son Général sa personnalité tout entière, sa conscience et sa raison comprises. Les prétextes ou même les excuses ne manquaient pas aux récalcitrants. On ne devait pas enseigner les propositions, soit ; mais il n'était pas défendu de les examiner, de les discuter, de les adopter même et de les soutenir à l'occasion ; elles n'étaient point condamnées ; elles pouvaient donc être vraies, et elles l'étaient certainement dans un certain sens, et ce sens était celui qu'entendaient les mennaisiens; si bien que comme auparavant les controverses allèrent leur train; le Père Rozaven continua de rédiger, tantôt pour l'un tantôt pour l'autre, des lettres fort longues d'ordinaire, qui témoignent assurément d'autant de charité et de patience que de fermeté d'esprit. Il lui arrive pourtant de se plaindre qu'on lui envoie, au lieu d'arguments, des « tirades mystico-métaphysiques » qu'il ne comprend pas et auxquelles il ne saurait répondre; ou bien encore il lui échappe des boutades comme celle-ci: