‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 169 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

réservaient le meilleur de leur activité pour les humbles et les petits.

La capitale de la Provence ne se montrait pas aussi favorable à beaucoup près aux fils de saint Ignace que la ville des Papes. A cela rien d'étonnant; les traditions de l'ancien parlement avaient trop profondément imprégné Tesprit public à Aix pour que l'on n'y fût pas d'instinct hostile, ou tout au moins défiant, envers la Compagnie de Jésus. Elle y comptait cependant des amis sincères et dévoués; nous avons dit comment ils avaient obtenu le maintien de la résidence dont la suppression avait été un instant décidée. Ils avaient racheté l'ancienne église du collège Bourbon, avec une partie du collège lui-même, au mois de septembre 1836; ils espéraient prendre possession de l'église, devenue libre, au P' janvier 1837. L'autorité ecclésiastique eûtpeut-être donné son consentement; mais du côté de l'administration municipale l'opposition fut irréductible. Et non content d'interdire l'ouverture de l'église, le maire, M. Aude, s'empressa d'adresser au procureur du Roi une dénonciation en forme contre « la Congrégation des Jésuites qui s'était reformée illégalement à Aix », et dont il réclamait la dissolution. Après avoir répété le fatras des accusations courantes contre les Jésuites et rappelé les arrêts des parlements, le bret de Clément XIV, les lois de l'époque révolutionnaire, les Décrets de l'Empire et les Ordonnances de 1828, le document conclut: « Tant de considérations diverses... empêcheront, il ne faut pas en douter, le rétablissement d'une Société aussi dangereuse et qui a de tout temps été une cause de troubles religieux ou politiques. »

Le procureur du Roi ne jugea pas à propos de donner suite à la dénonciation du maire qui, ainsi que la majorité de son conseil, n'en fut que plus acharné contre les Jésuites. Plusieurs années après, le Père Maillard écrivait : « Les autorités, le maire en tête, nous sont toujours

fort hostiles. Ce brave maire du reste ne s'en cache pas. Il nous hait, dit-il, cordialement. Il voudrait être le maître de nous expulser... C'est un ennemi franc et désespéré. Nous prions pour lui. Puissions-nous être en mesure de lui rendre quelque service ! C'est le meilleur moyen de nous venger. Mais en attendant, c'est lui qui nous empêche d'ouvrir l'église dont nous sommes propriétaires. » (15 Juillet 1844.)

Peu auparavant le magistrat municipal avait eu l'occasion de montrer jusqu'où pouvait aller son animosité. Le curé de l'église Sainte-Madeleine avait entrepris de placer plus honorablement l'antique image de Notre-Dame [Mater divinse gratiœ) donnée, d'après la tradition, par saint Bonaventure. Il avait invité les communautés, confréries et corporations, à faire apposer des plaques de marbre où serait gravé le témoignage de leur dévotion envers la Madone. Le maire avait promis d'en donner une aux armes de la ville. Mais entre temps la congrégation dirigée par les Pères avait installé la sienne, avec l'inscription : A Marie, Ses enfants reconnaissants. L'œuvre de la Jeunesse. Sur quoi, grande colère du maire qui écrit au curé pour retirer sa parole, attendu que derrière ce paravent ce sont les Jésuites qui se cachent. Il ne pouvait supporter leur voisinage, même à l'église, et sous la forme d'inscriptions lapidaires.

Aussi le Père Joseph Bon, qui venait à ce moment de prendre en main le gouvernement de la résidence, pouvait-il résumer ainsi ses premières impressions : « L'autorité civile locale est de bronze pour nous, hostile jusqu'à nous dire en face qu'elle nous déteste et qu'elle n'a qu'un désir, celui de nous expulser ou de nous contraindre à nous retirer. » (1"" Janvier 1845.) Au reste toutes les difficultés de l'établissement des Jésuites à Aix ne venaient pas de la seule administration municipale. Le clergé paroissial, nombreux et capable, n'était pas non plus sans quelque défiance, et le maire savait très bien que, de ce côté du moins, on ne lui en voulait pas de son opposition

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