‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 173 sur 382 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

V. — Restauration de la résidence de Liesse A. Rouen. Le P. Louis Marquet et le P, de Ravignan. A Poitiers. Mgr de Bouille. Le chanoine de Larnay. La misère dorée. La « Petite Église ». Fondation de la résidence de Lille, L'abbé Bernard. Le Mois de Marie de Sainle-Catherine, Notre-Dame de la Treille. Un renouveau de dévotion séculaire.

Dans le courant de l'année 1839 la résidence d'Aix avait perdu son autonomie; elle n'était plus qu'une annexe de celle de Marseille qui venait de s'ouvrir. Hâtons-nous de dire que cet état de choses ne dura que quelques mois. Aix fit entendre des plaintes et des réclamations, et il fallut revenir sur une décision malheureuse. Le 12 mai 1840, le Provincial de Lyon faisait amende honorable : « Je suis plus convaincu que jamais, écrivait-il au Père Général, de l'importance, de la nécessité que la résidence d'Aix soit maintenue et renforcée. Quand nous ne le devrions pas à l'honneur de la Compagnie, nous le devrions incontestablement à l'affection vraie et sincère de Mgr l'archevêque qui a beaucoup souffert de voir Aix sacrifié à Marseille ; nous le devrions au zèle et à l'intérêt de nos amis et bienfaiteurs qui restent toujours les mêmes pour nous. Il faut bien qu'ils sachent que la Société sait apprécier et reconnaître le bien qu'on lui a fait. »

Si la Compagnie de Jésus avait dans la vieille cité du Parlement des adversaires intraitables, elle y comptait aussi des amis haut placés qui ne lui avaient pas marchandé les témoignages de leur dévouement. L'archevêque lui-même se montra froissé. Des plaintes et des réclamations se firent entendre.

On entrevoit dans cet incident la rivalité entre l'antique capitale de la Provence, un peu délaissée aujourd'hui dans sa majesté de reine douairière, et sa puissante voisine qui aspire à tirer tout à elle. Dès les Ordonnances de 1828, mais surtout après 1830, les familles marseillaises qui avaient fait élever leurs fils au petit séminaire d'Aix.

et celles qui maintenant les envoyaient à Fribourg avaient sollicité l'établissement des Jésuites à Marseille. En 1835, des démarches furent faites auprès de l'autorité ecclésiastique, qui les accueillit avec peu de faveur. Mais Mgr Fortuné de Mazenod s'étant démis du siège épiscopal, son neveu, Eugène de Mazenod, qui lui succéda se montra dès l'abord animé de dispositions toutes différentes. Non content d'approuver le projet, il en pressa l'exécution, en intervenant auprès du Père Renault alors encore Provincial de toute la France ^ Le zélé prélat se promettait beaucoup de la collaboration des fils de saint Ignace pour le bien de son diocèse ; il comptait sur eux tout particulièrement pour recruter parmi les commerçants et les hommes de la société un noyau de chrétiens fervents et dévoués aux œuvres de l'apostolat laïque. Toutefois l'affaire ne put être menée à bien aussi promptement qu'on l'eût souhaité de part et d'autre. C'est seulement vers le mois de mai 1839 que les Jésuites prirent pied à Marseille. « Depuis nombre d'années, écrit le Père Renault, nous y étions appelés par bien des vœux ; mais la Providence avait son temps qu'on n'a pu ni avancer ni retarder. Il y a déjà un commencement de résidence; j'aurais voulu m'y opposer que ce n'eût guère été possible. » (9 Mai 1839.)

Cette résidence naissante avait pour centre la chapelle dite de la Mission de France qui était dès lors mise à la

1. Mgr Eugène de Mazenod, fondateur de la Société des Missionnaires de Provence, autrement dits Ohlats de Marie Immaculée, se montra toute sa vie plein d'estime et d'affection pour la famille de saint Ignace. Lors des Ordonnances de 1828, il était à Marseille, vicaire général de son oncle. « Il partit aussitôt pour Aix, avec beaucoup de prêtres marseillais et missionnaires Oblats, afin d'e célébrer une dernière fois l'adoraljle sacrifice dans la chapelle des Jésuites avant leur expulsion. Les sanglots qu'iltâchait vainement d'étouffer, écrivait un élève présent à cette messe, l'ont arrêté à plusieurs endroits de sa célébration. » {Vie de Mgr Eugène de Mazenod, par Mgr Ricard, p. aoi.) Le biographe cite encore cette parole du saint évèque : « L'arrivée des Jésuites à Marseille est le plus beau jour de ma vie épiscopale. » (fhid., p. 200.)

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disposition de la Compagnie de Jésus'; avec le produit d'une souscription une maison avait été louée dans le voisinage pour le logement de la communauté. A la suite d'une retraite donnée par le Père Delfour les dames de la ville s'étaient chargées de la meubler. Un ami dévoué de la famille de saint Ignace, le chanoine Milanta-, prit sur lui de pourvoir à tous les besoins aussi longtemps qu'il le faudrait. La résidence compta dès la première année cinq prêtres, dont quelques-uns, le Père Claude Guyon et le Père Jacques Ferrand, nous sont déjà connus; le Père Deschamps était leur Supérieur. Nous voyons qu'il inaugura la chaire de la Mission de France en y donnant tous les dimanches une explication du Symbole ou de l'Écriture Sainte. Le Père Général le félicitait d'avoir adopté ce genre modeste de préférence aux grands sermons. (15 Septembre 1839.) Sa grande préoccupation était d'organiser la congrégation des Messieurs, objet des vœux de Mgr de Mazenod, dont il avait tout d'abord gagné l'estime et l'afFection. Malheureusement, avant la fin de l'année un ordre du Provincial l'appelait à d'autres fonctions. Son successeur, le Père Léopold Pitron, peut être considéré comme le véritable fondateur de la résidence de Marseille; pendant les sept années qu'il demeura à sa tète, il sut par son tact, sa douceur, son afTabilité, aplanir les difficultés inséparables des débuts ; sa largeur d'esprit et sa confiance toute surnaturelle en la divine Providence contribuèrent puissamment à imprimer aux œuvres entreprises un magnifique essor. Les circonstances étaient d'ailleurs particulièrement favorables. Quelques semaines seulement après son entrée en charge, le Supérieur augurait

1. Cette chapelle avait en effet servi aux prêtres de la Mission de France jusqu'en 1828. L'église actuelle a été construite sur le même emplacement, mais dans des proportions beaucoup plus grandes,

2. L'abbé Milanta était entré au noviciat de Montrouge le 2 septembre 1822. Il passa quatre ans dans la Compagnie; son défaut de santé l'obligea à rentrer dans le clergé séculier ; mais jusqu'à la tin de sa vie il resta attaché de cœur à sa première vocation.

pour la nouvelle fondation un bel avenir : « L'autorité civile, écrit-il, a l'air de ne pas s'occuper de nous, et c'est ce que nous j)ouvons attendre de mieux de sa part... Nous serons, je pense, toujours bien vus du clergé. Le peuple nous affectionne. Que ne sommes-nous plus en forces ! On nous assiège, et nous avons ici à peu près le champ libre... Nous avions de grands projets en fait d'œuvres ; mais en considérant nos forces et les engagements pris, nous sommes obligés d'ajourner. » (7 Janvier 1840.)

La première œuvre établie dans la chapelle de la Mission de France fut « l'Association du Saint-Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs » affiliée à l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, que l'abbé Dufriche des Genettes avait fondée à Paris au lendemain de la Révolution de 1830. L'association se développa très rapidement. Deux ans plus tard le Père Pitron écrivait : « Les demandes de prières nous arrivent de toutes parts... C'est pour répondre à cet élan et pour honorer Marie Refuge des pécheurs que nous allons lui consacrer le maître-autel de notre église. Je fais exécuter en ce moment une statue haute de sept pieds sur le modèle de Notre-Dame des ^'ictoires, avec le Saint Cœur de Marie au milieu d'une gloire et l'inscription Refugium peccatorum. » (12 Janvier 1843.)

Cependant Vœuvre des hommes — c'est le nom qu'elle avait pris avant de naître — n'avait été que préparée par le Père Deschamps. Elle fut définitivement constituée en la fête de la Pentecôte 1840 sous la direction du Père Daniel Valantin. Comme elle se proposait d'avoir des réunions ailleurs qu'à l'église, elle avait besoin d'un titre légal. Or, après la Mission donnée en 1820 par l'abbé de Forbin-Janson et le futur Père Guyon, une association de persévérance et de charité avait été fondée pour les hommes de la société marseillaise sous le nom de Cercle religieux; elle avait disparu dans la tempête de 1830. Les titres de l'autorisation se trouvaient maintenant aux mains

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