CHAPITRE Yll
de quelques anciens membres qui faisaient partie de l'association nouvelle. On crut qu'elle pouvait s'en prévaloir, et elle prit en effet le nom de Cercle religieux^ sous lequel elle allait bientôt connaître une prospérité inouïe. Au surplus le Cercle religieux de Marseille, se voyant exposé par le fait même de son développement à l'attention et aux chicanes de l'administration, fit en 1847 régulariser son état civil jusqu'alors contestable.
Vers l'automne de 1842, le Père Daniel Valantin avait été remplacé par le Père Barrelle. Pendant les quatre années qu'il dirigea l'œuvre, cet homme de Dieu s'appliqua à l'imprégner de l'élément surnaturel. Ce fut alors pour elle l'ère de la piété et de la vie intérieure. Le « cercle » n'était guère qu'une congrégation, qui s'adonnait d'ailleurs à quelques pratiques de zèle et de charité. « J'ai confié à cette congrégation, écrit le Supérieur de la résidence, le soin de faire le catéchisme deux fois par semaine aux jeunes gens qu'on nous amène pour la première communion. Ce sont pour la plupart des marins de quinze à dix-huit ans... Nous en faisons communier et confirmer environ cent cinquante dans l'année... Notre œuvre des Savoyards a aussi ses catéchistes parmi les Messieurs de la congrégation. Nous avons environ soixante enfants que nous instruisons, confessons et habillons pour la première communion. » (12 Janvier 1843.) Outre l'homélie que le Père Barrelle adressait le dimanche aux associés et qui attirait autour de sa chaire tout ce que l'église de la INIission pouvait contenir d'auditeurs, il les conviait chaque annéeà une retraite de quelques jours pendant laquelle il s'efforçait de faire passer dans leurs âmes quelque chose des saintes ardeurs dont la sienne était dévorée. Deux modestes salles dans la rue Dominicaine suffisaient d'ailleurs pour les réunions quotidiennes des membres de l'association; le directeur y faisait généralement une fois par semaine une conférence familière; en dehors de là il y paraissait peu ; ce côté de la vie de l'œuvre n'avait à ses yeux qu'une importance secondaire. Il
était réservé à son successeur de faire du « Cercle religieux » une institution de premier ordre, non pas pour la résidence seulement mais pour la ville de Marseille ellemême. Toutefois, s'il conserva dans cette période brillante sa vigueur et sa fécondité pour le bien, on peut dire qu'il le dut à l'esprit profondément chrétien dont il fut pénétré à ses débuts.
A la suite de la station de Carême de 1843 qu'il prêcha à la paroisse de la Trinité, le Père Barrelle se vit amené à créer une association pour les femmes du peuple, sous le patronage de sainte Anne. L'histoire de cette fondation ne laisse pas que d'être curieuse au point de vue des mœurs locales. Elle eut pour point de départ la conversion d'une revendeuse des halles, sorte de virago^ la terreur du quartier et quelque peu de la ville. Vaincue par la grâce en assistant à un sermon qui lui sembla fait exprès pour elle, la fameuse Babeau commença par changer de vie, puis elle devint apôtre; elle profita du prestige dont elle jouissait dans la corporation pour décider ses compagnes à suivre son exemple. Chaque jour elle en conduisait quelques-unes au Père Barrelle, qui n'avait plus beaucoup à faire pour les remettre dans la bonne voie. C'est pour les y maintenir qu'il les réunit en une congrégation dont il dressa le règlement et dont il fut le premier directeur, avec Babeau pour présidente. Au bout de deux ans la congrégation des revendeuses ou des partisanes^ comme on les appelle à Marseille, comptait de sept à huit cents membres. « Ce serait, écrivait le Père Maillard, un formidable bataillon de défense, si l'on nous attaquait. » (23 Juin 1845.) A l'occasion, ces braves Marseillaises mettaient en effet dans l'expression de leurs sentiments une note très méridionale. C'est encore le Père Maillard qui, dans la même lettre, raconte une fête solennelle de la congrégation : Mgr de Mazenod la présidait en personne; comme il faisait au cours de son allocution l'éloge des Pères et de la Compagnie, des cris de Vive Monseigneur ! éclatèrent de toute part dans l'église, « et l'on