CHAPITRE VII
Libourne, tout près de nous. Tout s'est passé paisiblement. Ce bon Père remue puissamment les masses ; seulement il est d'une longueur interminable en chaire. » (31 Décembre 1840.) D'après le Père Richardot, on s'en souvient peut-être, il y restait volontiers deux heures d'horloge, et il se faisait écouter.
Parmi ceux que la résidence de Bordeaux peut regarder comme ses fondateurs en compagnie du Père de Ravignan, nous trouvons le Père Pierre Goudelin, préchant encore des Missions de campagne malgré ses soixante ans passés et surtout donnant chaque année jusqu'à neuf retraites pastorales. Le Père Antonin Maurel, qui devait achever aux pieds de Notre-Dame de Fourvière une longue carrière toute de zèle ardent et candide, débutait alors dans la prédication. Le Père de Ravignan encourage ses essais et note ses progrès. « Ce jeune Père, écrit-il, a plu beaucoup par son ardeur, son caractère et sa vertu... Pour les Missions et les œuvres il m'est demandé de tous côtés... Il se montre toujours l'apôtre le plus dévoué; mais il faudrait un grain de prudence de plus... » Le Père Louis Ribeaux était l'homme du confessionnal; il y passait la journée presque entière. « Il a la confiance générale et il la mérite. » (2 Janvier 1842.) Nommons encore le Père Jean-Baptiste Valgalier, autre jeune missionnaire plein d'entrain et de feu, dont le Père de Ravignan dirige et contient l'ardeur, lui imposant, comme au Père Maurel, d'écrire ses sermons; le Père f^erdinand Brumauld que nous retrouverons au cours de notre Histoire, les PP. Maurice Ogerdias, Augustin Mauret, Louis de Bouchaud, Maurice de Soissan, etc.
Les Missions au dehors n'absorbaient pas toute l'activité de la résidence naissante. A Bordeaux même le travail ne manquait pas aux ouvriers; l'archevêque avait tout d'abord confié aux Jésuites la congrégation des Dames de la ville'; mais dans le choix des autres œuvres
I. « Mgr nous a chargés de diriger ici, dans notre église, l'association La Compagnie de Jésus. 22
s'accuse la préférence du Père de Ravignan pour les plus humbles. C'est dès la première année une sorte de Mission à l'hôpital général, puis le service religieux auprès des jeunes détenus du pénitencier de Saint-Jean. C'est l'abbé Dupuch, alors vicaire général de Bordeaux et plus tard évéque d'Alger, qui avait proposé aux Jésuites de se charger de ce ministère. « J'ai accepté avec joie », écrit le Supérieur. (12 Octobre 1838.) — « Nous confessons beaucoup, dans toutes les classes de la société, écrira le successeur du Père de Ravignan, mais les pauvres sont incomparablement les plus nombreux. » (3 Juillet 1843.) Enfin, dès les premiers jours aussi, on inaugura les retraites publiques et privées. « Notre petite résidence commence les œuvres de la Compagnie. Les Exercices spirituels ont été donnés à la plupart des communautés delà ville, et avec fruit. Nous avons eu en retraite chez nous quelques prêtres du diocèse et d'ailleurs. Mgr l'évêque de Saint-Flour' est du nombre de ces retraitants. » (12 Octobre 1838.)
Le Père de Ravignan fut Supérieur de la maison de Bordeaux pendant les cinq premières années. (Septembre 1837-août 1842.) Il avait coutume de passer à la campagne les mois d'été pour composer ses conférences -; la station de Carême l'appelait à Paris, celle de l'Avent dans quelque autre grande ville. Au fur et à mesure du progrès de son apostolat les séjours dans la capitale s'allongeaient, si bien qu'une bonne partie de son temps était prise par d'autres intérêts que ceux de la résidence dont il avait la charge. Du point de vue bordelais la chose était sans doute regrettable. Le Supérieur eût rendu plus
ou congrégation des dames de la ville. » (Le P. de Ravignan au Père Générai, 9 juillet i838.)