‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 184 sur 382 · CHAPITRE TU · texte numérisé non relu

CHAPITRE TU

demeure trop étroite une place sufïisante pour la communauté agrandie. Elle allait compter un total de dix religieux, dont sept prêtres, et ce nombre devait s'accroître encore les années suivantes '. Le besoin s'impoposait d'une autre installation pour laquelle les ressources manquaient. La Providence y pourvut. AL de Saint-Ferriol, dont le fils était entré dans la Compagnie peu d'années auparavant-, s'offrit à acheter une maison voisine de celle que Ton occupait, mais beaucoup plus vaste et plus commode. (Août 1842.) Seulement il fallait patienter près de deux ans avant d'en avoir la jouissance. Le Père Maillard, en donnant au Père Général la nouvelle de cette acquisition, proposait de faire abandon pour une bonne œuvre de la maison que l'on quitterait. A quoi le Père Roothaan répond : « Je verrai avec plaisir cette preuve de désintéressement de la Compagnie. » (7 Septembre 1842.)

L'activité des Jésuites, le progrès rapide de leurs œuvres, l'influence qu'ils prenaient à Grenoble devaient fatalement éveiller des inquiétudes et leur susciter des oppositions. Elles ne se firent pas attendre. Ce fut le préfet de l'Isère qui ouvrit les hostilités dans le courant de l'année 1842. Nous en trouvons l'écho dans la correspondance du Provincial de Lyon : « Depuis six mois, écrivait-il, au début de l'année suivante, un orage sourd grondait sur la résidence de Grenoble. Le préfet avait juré de faire fermer la chapelle, et avait réussi à obtenir du ministre un ordre formel pour cela'^ » Cet ordre, ou si l'on veut, cette invitation avait été adressée à l'évêque. En ce temps-

1. En i85o, la résidence de Grenoble se composait de 8 prêtres et 5 Frères coadjuteurs, au total i3 religieux.

2. Gabriel deSaint-Ferriol, né à Grenoble le 24 février 1816, élève de Saint-Acheul, puis de Fribourg, entré au noviciat le 19 novembre 1887, partit pour la Mission du Maduré, où il mourut du choléra le 19 juillet 1846. La maison achetée en 1842 était au n° 5 de la Place des Tilleuls. La résidence fut transférée plus tard au n" 11.

3. Au R. P. Général 7 janvier i843. Le préfet de l'Isère était M. Pallenc.

là, nous l'avons déjà vu, l'administration supérieure n'aimait pas à prendre l'odieux de ces sortes de mesures; elle préférait s'en décharger sur les chefs des diocèses. Mgr de Bruillard répondit que, si le gouvernement voulait fermer les chapelles non concordataires de sa ville épiscopale, il en avait le pouvoir, mais que pour lui, ce n'était pas son affaire. Il paraît bien que le ministre revint à la charge ; les moyens d'intimidation ne lui manquaient pas ; l'évéque resta inébranlable. « 11 a résisté, écrivait le Père INIaillard, et il résiste encore. » On ne jugea pas à propos de recourir à la force; l'opinion publique eût été mal impressionnée par une exécution de ce genre. « Nous avons pour nous, écrivait le Père Jordan, le maire, le président du tribunal*, plusieurs membres iniluents de la Cour royale, et ce qui vaut mieux encore deux députés. J'espère que, sous le nombre et le poids des réclamations, le préfet sera bientôt contraint de nous laisser en paix. » (4 Janvier 1843.)

Les susceptibilités et les contradictions ne furent pas seulement le fait des adversaires ; il faudrait être naïf pour s'en étonner. Ce qui est certain toutefois, c'est que ni l'évéque, ni le saint curé de la cathédrale ne se départirent jamais de leurs premiers sentiments pour la famille de saint Ignace. Mgr de Bruillard se montra jusqu'à la fin et en toute circonstance l'ami et le défenseur résolu des Jésuites. « Notre vénérable et saint évéque, écrivait le Père Jordan, est toujours un père pour nous. » (30 Janvier 1845 2.)

Le clergé régla son attitude à leur égard sur celle d'un prélat qui inspirait le respect et la confiance par ses vertus

1. Maire de Grenoble, M. de Miribel. Président du tribunal, M, Accarias.

2. Voici, entre beaucoup d'autres, un trait où se voit la tendre et généreuse affection de Mgr de Bruillard pour la Compagnie. Un Père de la résidence, à la veille de prononcer ses derniers vœux, avait fait, selon la prescription de l'Institut, sa tournée de mendiant. L'évéque se plaignit aimablement qu'il eût oublié de frapper à la porte de l'évêcLé; le reproche était accompagné d'un billet de 5oo francs.

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